28 juillet 2005
Mon coup de coeur pour KT Tunstall
Lorsque les temps sont durs, rien ne vaut une jolie découverte musicale. Ma découverte du jour s’appelle KT Tunstall.
Ni de la pop, ni du jazz, un mélange des deux, une boîte à musique faite maison avec des sons pré-enregistrés qu’elle compose elle-même, en direct, devant son public, avant de commencer son interprétation.
En écoutant, Under the weather, j’ai immédiatement pensé à du Norah Jones, mélancolique, sensible, le genre de musique que l’on écoute pour terminer de se miner le moral un jour de pluie pendant vos vacances dans le Sud, mais qui vous rend serein, miraculeusement. A la différence de Norah Jones, son album ne se contente pas d’une même recette à l’infini. Sa voix fluette de femme adolescente dans Other side of the world - premier titre de l’album - prend de l’ampleur, devient grave et rauque, écorchée mais volontaire et puissante. KT Tunstall montre dans ce disque l’ampleur de ses capacités vocales qu’elle déploie comme une palette de tous les sentiments qui nous traversent un jour.
Black horse and a cherry tree a tout du tube, et il est probablement mon titre préféré, tout en rythme, épuré, avec une guitare sèche en instrument principal. Une musique entraînante, à la fois colérique, énergique, pleine d’espoir et tendre. Un joli morceau à écouter pour recharger ses batteries.
Eye to the Telescope, nom de ce premier album, est un concentré d’optimisme, avec ce qu’il faut de retenue pour ne pas oublier la gravité qui nous habite toujours.
Cette chanteuse est une immense artiste. A découvrir de toute urgence.
26 juillet 2005
A Star on the Canapé...
... sauf lorsque ladite Louloutte, qui se sait photographiée, oublie au cours de ses poses de minette que le canapé a un début et une fin. Elle se sent glisser vers le parquet, hésite entre se rattraper disgrâcieusement et assurer face à la caméra en toutes circonstances. Elle restera jusqu'au bout. Jusqu'à ce que ses ongles plantés dans les coussins en guise de crampons ne finissent par la trahir.
Pas de doute, j'ai une pro à la maison. Claudia Schiffer peut aller se rhabiller.
21 juillet 2005
Derniers jours tranquilles d'un assassin en puissance
Demain, je porte plainte. Contre l’homme qui conduisait une Peugeot 306 noire immatriculée 807DGA95 ce 20 juillet. Un corps gras, mal rasé, avec un bouc sans charme, le tout servi sans cervelle mais avec un coulis débordant de stupidité.
Tout aurait pu s’arrêter à un simple appel de phare de ma part, lorsqu'une voiture en doublant une autre par la droite se rabat sur la file du milieu sans clignotant, en manquant de me heurter de plein fouet tandis que je finissais sagement un dépassement sur la bande de gauche. Une femme qui le rappelle à l’ordre. De quoi faire monter un crétin en crème Chantilly. Le voilà qui se met à clignoter de tous les côtés, warnings, gauche, droite, feux d’arrêt. Cet homme a parfaitement compris sa faute, il s’en amuse. Il va se lasser.
Quelques mètres plus loin, l’homme ralentit, se rabat sur la droite, et tandis que le véhicule devant lui l’oblige à freiner, il passe son bras par la fenêtre, me fait signe de passer, j’accélère pour le doubler. Au moment où je suis à sa hauteur, il me colle puis se faufile entre celui qui le précède et ma voiture, à quelques centimètres près, il nous entraînait dans son élan.
Queues de poisson, passage éclair sur la bande d’arrêt d’urgence pour m’impressionner, freinage sec et brusque qui m’oblige à piler, le conducteur s’éclate. Lorsqu’il finit par se dire qu’il serait mieux derrière moi. Il m’attend, se met à ma hauteur, son passager me fait de grands signes obscènes et contient difficilement une crise de rire, je regarde la route au bord des larmes lorsque sa bombe roulante apparaît dans mon rétroviseur arrière. L’homme au volant rit franchement, se rapproche. Je ne vois plus ses phares. A cent dix kilomètres heure, il est à moins d’un mètre de moi. Si je freine, il me tue.
Sortie de l’autoroute. Il faut choisir deux branches, chacune se terminant par un feu, qui est assuré de virer au rouge à mon arrivée. La Peugeot me suit, hésite, se demande laquelle je vais prendre. Je m’engage sur celle qui ne me concerne pas, puis à la dernière minute, change de trajectoire en traversant les zébras. C’est interdit. Cet homme m’a poussée à la faute, mais je suis enfin seule car pris de court, il a raté le coche.
Demain, je porte plainte. Pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Avant que ce fou furieux ne finisse par vraiment mettre en pièces la vie d’un autre et accessoirement la sienne même si celle-là m’est bien égale. Pour qu’il sache que l’impunité n’existe pas et que l'on ne joue pas à cette allure.
Tribunal correctionnel. Un an d’emprisonnement, quinze mille euros d’amende et cinq ans d’annulation de permis. Voilà ce que son comportement peut lui coûter.
Un séjour au service des accidentés de la route pourrait lui faire le plus grand des biens.
Pour voir à quoi ressemble vraiment un jeu qui tourne mal.
19 juillet 2005
Pont sage
Un jour de pont se fête. D’autant plus lorsqu’il est l’un des rares offerts par une année pingre en vrais jours fériés. Encore plus lorsque la veille au soir, votre voisin du dessus a pris son studio pour un croisement de caserne et de Tour Eiffel, en organisant un bal des pompiers à domicile, et lorsqu’à minuit une pétarade Disneyland s’est mise à faire claquer tous les membres de votre chat trouillard. Ledit chat a perdu l’appétit et en tremble encore dans sa vieille boîte à chaussures planquée dans une valise.
Un jour de pont se fête. Par une grasse matinée réparatrice. Et l’espoir qu’au bout d’un petit déjeuner royal et réconfortant vous attende. A huit heures du matin. Tapantes. Le rêve s’arrête brutalement. Lorsque le chat terrorisé par sa nuit se remet à jouer des maracas avec ses moustaches. Vous avez bien entendu. Ce grondement désagréable s’intensifie, se transforme en son suraigu. Votre voisin d’à-côté ponce son parquet. Avec toute l’énergie d’un homme qui vient d’acquérir un nouvel appartement, et qui, plein de bonnes résolutions, retape à la main sa cage à lapin.
Petit déjeuner sur le pouce. Entre le changement de litière et la gamelle de pâtée pour Minoutte, pâtée qui s’est liquéfiée sous l’effet de la chaleur et que Louloutte regarde d’un air mauvais en se disant, tout comme moi, que décidément, ce week-end prolongé s’annonce mal.
Je sors de mon antre, telle une ourse mal léchée prête à décapiter le premier venu qui me dit bonjour, lorsqu’une voix guillerette me sort un enchanté qui me pétrifie. Il y a quelqu’un de bonne humeur pas loin. Un œil sur l’appartement vide qui a sa porte grande ouverte et d’où sort une odeur de White Spirite à vomir. La voix vient bien de là. Un type sapé d’un micro-short est accroupi sur un parquet sale et me sert un sourire grimaçant coincé entre deux gouttes de sueur, il est aussi rouge que le tissu qui le différencie d'Adam, et les trois poils fichés sur le haut de son crâne ont baissé la garde. Il se relève, me tend une main poussiéreuse et moite, m’explique qu’il n’en peut plus. Tout ça pour son fils, seize ans et demi, qui vient faire ses études dans le quartier. Je retiens l’âge. Celui des boums de pré-adultes. Des premiers pas en guitare électrique. J’imagine. Lui et le voisin du dessus, je suis gâtée.
La femme battue sort elle aussi. Passe sa tête couverte de camouflage anti-bleu pour saluer le nouveau voisin. Son chien tout froissé et plissé prend le couloir pour une aire de jeu, se met à courir, et sa maîtresse confuse le suit en sautillant dans ses chaussures à talons, manque de tomber de tout son haut lorsque sa pompe se prend entre deux lattes mal jointes.
Je m’excuse, je dois partir, souhaite la bienvenue au crétin qui m’a sapé ma grasse matinée, et la femme battue reprend son sérieux, au cas où son jaloux de mari ne la surprenne, tandis qu’elle remet sa chaussure et quitte le nouveau.
Une escapade au marché me remet les idées en place, donne à ce vendredi mal entamé un air de vacances. Je remonte chez moi. Au fur et à mesure des étages, l’odeur de White Spirite prend les narines, et le crissement de la ponceuse s’attaque à mes tympans. J’arrive à ma porte. La femme du voisin est arrivée, et tandis que son bricoleur de mari s’escrime à quatre pattes avec le plancher, elle a l’air ailleurs. Le pinceau dans la main gauche, je la sens gênée. Elle s’écarte pour me laisser passer.
Une grande balafre blanche vient d’atterrir sur ma porte en bois vernie. Silence. J’aimerais lui rendre la pareille. Un grand trait de peinture au milieu du visage. Pour la forme.
Aujourd’hui, je vais planter des clous. A moins que ce ne soit des aiguilles sur des poupées de chiffon.
15 juillet 2005
La moustache
Le titre est anti-commercial. Le film l’est tout autant.
L’entrée dans la folie est lente, maligne, on s’y enfonce sans s’en rendre compte, sans savoir à quel moment elle commence ni même si elle s’achève avec le film, on est emporté, sans résistance, comme ce bateau sur lequel commence l’histoire, bateau qui part à la dérive dans une eau pourtant tranquille, mais tellement sombre.
L’homme se rase la moustache. Sur un coup de tête. Puis il attend cette fameuse phrase, « tiens, tu t’as plus de moustache». Comme l’on dirait « tiens, tu t’es coupé les cheveux ». Cette même phrase que l’on peut détester parfois lorsqu’elle reste en suspens, qu’elle n’est pas suivie d’un « ça te va bien », ou lorsqu’on l’accompagne d’un « ça te change » que l’on ne sait pas toujours interpréter.
Cette phrase anodine à la noix. Qui prend une ampleur démesurée lorsqu’elle manque. Comme un bonjour à un collègue ou à un voisin, spontané, à peine réfléchi, qui n’engage à rien, surtout pas à une conversation, et qui, le jour où il ne sort pas, vous fait croire que vous étiez transparent à cet instant.
L’épouse amoureuse maintient que cette moustache n’a jamais existé, elle qui quelques minutes auparavant soutenait qu’elle n’avait jamais connu son mari sans. On se perd, il ne s’agit pas d’un mensonge, ni d’une comédie, encore moins d’un jeu qui consiste à faire croire que l’autre débloque. Tout le scénario de film est construit sur un ensemble d’affirmations de la vie courante contredites quelques instants plus tard, l’homme qui se croit fou a l’air d’être le plus sain de tous, et pourtant il s’enfonce. Quelques gestes suffiraient à rétablir la vérité, se dit-on, mais on ne sait pas quel est l’œil que l’on nous prête. Celui de l’aliéné qui voit des choses qui ne sont pas, ou celui de toute personne saine qui voit ce qui est, donc autre chose. Parce qu’il ne sait pas de quel point de vue il se place, le spectateur doit choisir, interpréter en humain, fou, sain d’esprit, ou un peu des deux, remettre en cause ce qui se déroule. L’homme est à Hong-Kong paraît-il. Peut-être pas. On ne sait plus.
On se dit qu’il y a une explication. Qu’elle viendra à la fin du film. Il n’en est rien. L’homme a les yeux bien ouverts. Dans une pièce sombre. On ne sait pas si les choses rentrent dans l’ordre ou si la folie continue, si le bateau qui dérive revient au port ou s’il s’engage dans un océan infini, entraînant avec lui tous ceux qui sont de près ou de loin liés à cette moustache.
Ce film est troublant, laisse un goût de métal dans la bouche, le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond, et que l'identité repose sur peu de choses. Une fois sorti de la salle, on cherche l’erreur. Autour de soi, en oubliant que le film est fini. La folie est sûrement quelque part, pas loin, prête à s’emparer de vous, sans vous laisser la moindre chance de la voir venir, pour ne pas vous permettre de savoir à quel moment les choses dérapent.
Dans son rôle d’homme torturé et déboussolé, Vincent Lindon est étonnant, touchant, frappant de naturel. On se demanderait presque de quel côté il se trouve.
13 juillet 2005
Photo du jour
Voilà comment donner l'impression que l'on a pris des risques pour un simple cliché de vache. Entre elle et moi, une barrière métallisée et un fossé plein de ronces. Un minimum non négociable.
Ma pensée du jour s'adresse à l'inventeur du zoom.
11 juillet 2005
Idéologie de la haine
Je ne sais pas ce qui ronge leur cerveau. Ni comment cette boule de haine est arrivée à se loger dans un coin de leur tête pour ne plus en sortir que sous la forme de violence aboutie, de mort aveugle et primitive.
Ce qu'il s’est passé à Londres me laisse perplexe. Cette horreur n’a pas de mot, tant il s’agit de tuer pour tuer, le plus possible, sans compter. Pour dire que l’on hait l’autre sous toutes ses formes, qu’il soit proche ou éloigné de nous. Ceux qui ont lâché ces bombes ont peut-être mis fin à la vie d’hommes de la même origine, de la même communauté, et partageant le même dieu. Tuer au principe de la défense d’une idéologie ne tient pas la route, leur méthode n’a rien de sélectif.
Je ne comprends pas. Peut-être vaut-il mieux renoncer à comprendre, même si trouver un sens à leurs actes permettrait de mieux les combattre. Je ne mesure pas ce qui peut motiver une telle haine, d’autant que celui qui montre si peu de respect pour la vie humaine méprise tellement la sienne qu’il n’y pas de moyen de lutter. Ces tueurs-là sont prêts à mourir pour la survie de leurs idées, il n’y a pas de procès possible, pas de leçon à donner à ces hommes comme triste dédommagement de toutes ces vies en moins. Ces individus sont invisibles, anonymes, discrets. Les seuls à les voir sont ceux qui vont mourir. A peine le temps d’inscrire leur visage dans un coin de mémoire que la vie n’est plus là. Il n’y a pas de discussion, pas de compromis ni de morale. On ne peut plus les changer. Ceux sont eux qui nous changent et nous mutilent. Cette idéologie obscure me fait froid dans le dos, elle me parait impossible à contredire, car pour débattre, il faut être deux, mais ceux d’en face sont partout et nulle part à la fois.
L’horreur de Londres est partout, il suffit de trois fois rien, une bonne étoile qui tombe en panne, un destin qui est écrit depuis longtemps qui arrive à son chapitre de fin, le hasard qui vous fait rater un train. Qui vous retarde de quelques minutes pour des années de vie. Des petites secondes précieuses que l’on gaspille sans s’en rendre compte, jusqu’au jour où l’on réalise que l’on aurait pu être dans ce bus, l’esprit préoccupé de détails sans importance.
Et ne pas avoir le temps de comprendre que l’essentiel était ailleurs.
07 juillet 2005
Vie de chat
Voilà en une photo toutes les bonnes raisons qui me font regretter de ne pas être un chat. Tendre une patte de velours vers l'appareil qui vous observe comme ultime effort de la journée. S'étaler de tout son long sur un lit moelleux (en l'occurence aussi sur mon jean propre...), s'étirer pour se sentir mieux, observer tout en étant allongé les oiseaux qui circulent au dehors et se posent sur le bac à fleurs. Profiter de la vie en ne songeant qu'à son estomac, sa toilette, ses souris factices et aux prochains rêves à venir.
Dans quarante ans, je pourrai faire pareil.
05 juillet 2005
Le déménagement
Aider ses amis à déménager est une occasion rêvée de les connaître sous un autre angle. Une façon originale d’évaluer leur sens pratique, celui de l’organisation et de la propreté.
Ce week-end, j’ai été recrutée pour le déménagement d’une copine, ou plutôt je me suis portée volontaire, dans un élan soudain de solidarité pour une ancienne colocataire, laissant de côté mes lombaires capricieux de petite vieille.
Samedi matin, neuf heures. Comme prévu. Un œil resté sous la couette, l’autre mi-ouvert en éclaireur pour éviter les murs, la tignasse en pleine révolution après une nuit passée sous le coussin. Sur le palier, deux inconnus affalés sur le paillasson, déménageurs d’un jour eux aussi, jean crade ne pouvant l’être davantage, et baskets usées. On se salue. Je sonne. Personne. L’un de mes futurs collègues porteurs entame le petit déjeuner collectif et pique du nez. Je sens qu’il se rendort.
Une demi-heure plus tard, ladite copine arrive, tout sourire. Elle a ramené les croissants. Elle ouvre la porte de son appartement. Erreur. Le spectacle qu’elle nous réserve dépasse l’imagination. Des objets partout, éparpillés sur le sol. Pas un carton à l’horizon, des petites culottes en bataille, au milieu de bougies parfumées et de vieux Picsou Magazine. Le seul meuble qui a bougé est le canapé, déplacé au centre du salon, si peu à sa place. Rien n’est fait, tout reste à faire. Elle nous désigne un lot de sacs poubelle. Si ça peut vous servir… A cet instant, j’ai envie de hurler. Je sens que je ne suis pas la seule. Ma bonté se transforme en colère tournée contre moi, j’aimerais trouver une excuse, feindre le malaise, mais à voir le désespoir de ceux qui arrivent pour aider, je ne peux pas leur faire ça.
L’un des amis s’énerve, empoigne les vêtements qui traînent et les enfourne dans un sac bleu. Il se dirige vers la fenêtre, je me dis qu’il ne va pas le faire, mais il le fait, lance le sac par-dessus la rambarde, lequel atterrit à quelques mètres d’une inconnue qui sursaute.
Direction la cuisine. Un gros balaise s’attaque à la machine à laver, qui se met à dégorger toute son eau, entraînant les boudins de poussière mouillés qui dormaient sous son socle depuis deux ans. Une plaquette de chocolat ramollie glisse sur la flaque, heurtant sans complexe une vieille banane oubliée. J’ouvre le placard à provisions. Une conserve de lait de coco meurt en silence, rouillée sur les bords et périmée depuis deux ans, accompagnée dans sa douleur par un paquet de vermicelles jaunis très croustillants.
Je me sens mal. J’ai l’impression que les choses vont durer plus longtemps que prévu. Au milieu de la piscine improvisée, une prise électrique tente une brasse.
Quelques heures plus tard, l’appartement est presque vide. Restent quelques bouteilles d’alcool que l’on n’arrive plus à caser. Ce sera pour le prochain locataire. Vu l’état de son nouveau chez lui, il risque d’avoir besoin de réconfort.
Pendant le trajet qui nous mène à notre point d’arrivée, j’imagine l’état de l’endroit où nous allons.
En l’occurrence, un logement deux fois plus petit, dans lequel il va falloir mettre une vingtaine de sacs poubelle et cartons faits à l’arrachée. Le tout sans toucher les murs jaune poussin qui ne sont pas encore secs. Ni abîmer le parquet flottant qui vient d’être posé. Et ignorer un vieux bout de moquette pelé qui se délite par petits bouts dispersés dans l’unique pièce de l’appartement. Une bibliothèque nous tend les bras. Je m’y appuie quelques secondes pour reprendre mon souffle. Là voilà qui descend d’un étage, tandis que mon coude se retrouve armé d’une couche épaisse de sciure. J’ouvre une fenêtre car l’odeur m’incommode. Je tombe nez à nez avec un voisin qui cuisine. Des frites.
Le voilà qui sort, ravi de n’être plus seul. Il est ingénieur du son et à la vue d’une vieille guitare qui traîne, explique qu’il est fou de batterie.
Je quitte mon amie en souriant malgré moi.
Son appartement n’a qu’un seul radiateur. Dans le cagibi.