Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

20 septembre 2005

Business zen

eau___estampe_1_

Pour se rendre au Salon Rentrez Zen de son plein gré, il faut forcément avoir reçu une invitation gratuite. Ou être complètement fêlé.

Etant à peu près saine de corps et d’esprit (quoique…), c’est donc munie de mon passeport gratis que j’y suis allée, persuadée d’accéder au temple de la zenitude et de la paix absolues.

A l’extérieur du Salon, je me fais accoster par une ribambelle de chauves à lunettes, tous aussi bizarres les uns que les autres. L’un tente de me vendre son pull bio, l’autre me propose un rendez-vous avec une voyante boutonneuse mais terriblement douée, tandis qu’un troisième larron n’a rien dans les mains mais des yeux écarquillés, ovales comme des soucoupes, il me dit quelque chose, à peine compréhensible, je ne m’arrête pas, à tous les coups, il essaye de me revendre sa place.

A l’entrée, une pancarte géante précise qu’aucun distributeur de billets n’est disponible dans le Salon. Il faut donc venir avec son cash. Pour être zen, il faut être riche. Jusque là, rien de nouveau.

L’accès est aussi étroit qu’un couloir de cave, embouteillé comme un samedi sur le périph’, et c’est une poussette fichée dans les chevilles que je me fraie un chemin. Un barbu échappé du Larzac me souhaite la bienvenue, m’inonde de tracts colorés sur toutes les techniques (à vendre) pour être heureux. Un sacré programme.

Forcément, l’appel du bonheur a attiré les foules, et c’est donc fortement bousculée par un troupeau d’énervés que je pénètre dans l’antre zen, de l’encens plein les narines, mélangé aux odeurs de fast-food indien installé pour l’occasion et servi par un quatuor de vieilles habillées en bretonnes. Un fond de gorge sonore me titille le cerveau. Ce sont des chants d'origine interprétés via une sono par des bouddhistes, sans aucun doute fumeurs de cigares depuis la naissance ou opérés pour la bonne cause, vu la gravité de leurs vocalises.

Un stand de CD trône pour les adeptes de musique d’ambiance. Quarante euros le CD de chants de coquelicots écrit en tadjik sans traduction. C’est moins cher qu’un voyage en Asie, mais à ce prix, je préfère encore le silence. Je continue ma route.

Sur une allée entière, des dizaines de visiteurs assis sur des sièges de massage, le visage écarlate coincé dans un cercle en mousse ou percé d’aiguilles d’acupuncture, les fesses en équilibre sur un banc en bois. Derrière eux, un japonais sorti de nulle part habillé en karateka leur frappe le dos avec la tranche de ses mains, agitant graisse et bourrelets en rythme, ou les prend pour une cible à fléchettes et les défigure sans état d’âme. Pour dix minutes de ce bien-être pur jus, 20 euros. Le business n’est jamais loin, mais payer pour avoir mal, non merci.

Pour ne pas être alpagué, il ne faut jamais s’arrêter, sous peine de devoir avaler de force un élixir aphrodisiaque importé de Nagasaki, d’être tartiné de crème relaxante à l’huile de soufre, d’être baptisé à l’encens de moustique ou d’être entraîné dans l’un de ces ateliers excentriques sur l’homéopathie au service des grands brûlés. Le tout servi par des illuminés habillés en blanc, façon hôpital psychiatrique.

Le seul stand le plus visité reste celui d’un boulanger bio.

Les fumeurs de ciboulette se sont donné du mal pour rien. Je repars avec un croissant au beurre. Heureuse comme tout.

Posté par emmanuelle2202 à 13:30 - Quand les choses tournent mal - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'avais entendu parler de ce salon dans lequel je n'aurais jamais mis les pieds...Mais quelle belle visite en ta compagnie encore une fois !!!
Je crois que je l'ai déjà dit mais...J'adore !

Posté par giino, 20 septembre 2005 à 19:11

moi j'étais à l'EMO d'Hanovre. Pas de badijonnage, ou de massage, y a pas intérêt vue qu'ils y vendent des machines outils!

Posté par raindrop, 23 septembre 2005 à 12:28

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=25756&pid=822249

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :