10 octobre 2005
Projet du lundi
Certains jours comme le lundi sont particulièrement propices aux projets démesurés.
Aujourd’hui, je me verrais bien élever des chèvres. Au milieu d’une campagne déserte, assise sur mon rocher millénaire, avec un bâton de pèlerin. De grosses chaussures de marche boueuses aux pieds, un pull en poil de mouton fait main, les mains terreuses, les yeux dans le vague, avec mon chien de berger (et Louloutte dans son sac de promenade). Mon mari, un homme du pays, né là-bas, éduqué là-bas, prévu pour mourir là-bas, viendrait me voir avec ses bottes vertes sur son tracteur, et m’apporterait du pain gros comme un fût, déboucherait son litron et me servirait du saucisson.
C’est évident, la première heure serait idyllique, je me demanderais pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt, la deuxième heure serait un peu plus longue, car il se mettrait à pleuvoir, les chèvres partiraient dans tous les sens, et mon pantalon crotté me collerait à la peau tandis que mes pompes s’enfonceraient dans la gadoue. La troisième heure serait un cauchemar car mon mari serait parti récupérer les vaches, et je serais seule au milieu de mes chèvres qui sentiraient le poil mouillé, et moi aussi, tandis que mes cheveux s’entortilleraient dans des frisottis incontrôlables. Tout en me disant qu’il faudrait aller tirer l’eau du puits si je veux une bonne douche.
A cet instant, je le sais par avance, la seule chose qui me manquerait, ce serait la ville, avec ses bus agressifs, ses trottoirs glissants, son supermarché bondé, avec des produits du terroir lavés, essorés et mis en sauce, du tout prêt au goût universel et interchangeable, qui me ferait regretter mes champs de patates. Bref, tout ça n’est pas simple.
Mon idée irréaliste est née ce matin. Un quart d’heure après avoir entamé mon créneau et bloqué toute une rue pendant ma manœuvre. Lorsque la ville m’est tombée dessus dans sa contrainte la plus exécrable, celle de devoir tout faire bien et vite, celle de ne gêner personne tout en étant inévitablement de trop.
L’idée irréaliste est de s’imaginer qu’un créneau rapide, discret et sans douleur est possible. Mon projet de chèvres n'est peut-être pas si fou. A suivre.
Commentaires
Créneau de reve
Et oui, l'idée est sympa mais ce que l'on ne sait pas c'est que garer ses chèvres est une véritable galère...
Comment tu leur fais faire leurs créneaux ?
Tu les gares en épis ?
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