30 octobre 2005
Vidéo Club
La dernière fois que je me suis inscrite à un vidéo club, je me suis faite roulée dans de la farine complète, sur toutes mes faces.
Il y a trois ans, bien décidée à combler l’immense vide culturel de mon cerveau en matière de cinéma (et surtout à me convaincre que j’avais eu raison de passer à l’ère du magnétoscope), je me suis rendue au club le plus proche. Trente euros pour vingt films, je trouvais le deal plutôt sympa. Le type qui tenait la boutique avait l’air très louche, mais en bonne humaniste, je ne me suis pas arrêtée à ça. J’aurais dû. De la même manière que son rayon immensément grand de films X aurait dû me faire comprendre que ce vidéo club n’était pas pour moi.
Ce jour-là, pour continuer sur ma lancée d’erreurs, j’ai emprunté un film complètement niais. Le mariage de mon meilleur ami. En le rapportant le lendemain, il m’a fallu parcourir trois fois la rue. En me demandant si j’étais devenue dingue ou si on venait de me faire un sale coup. De vidéo club il n’y avait plus. En lieu et place, une boutique vide. Complètement vide. Plus de film X, plus de film du tout. Il m’a fallu quelques minutes pour comprendre que le vidéo club s’était fait la malle pendant la nuit. Avec mes trente euros. La plus nouille dans l’histoire, c’est bien moi. Par politesse, j’ai déposé la cassette sur le pas de la porte. En me disant que le propriétaire viendrait la rechercher.
Je n’ai pas décoléré en trois ans. Entre temps, tout s’est accéléré, je suis passée à l’ère du DVD. Je rattrape mon époque.
Il y a quelques semaines, après des mois d’observation à mater le Vidéo Futur du coin de ma rue pour en vérifier les allées et venues, et m’assurer qu’il ne fermait pas sa porte à chaque inscription, je suis rentrée dans le club pour prendre des informations. Officielles. Le tenancier de la boutique, un clone de Luis Rego avec des lunettes, m’explique les conditions. Il parle pendant dix minutes. Je le remercie, puis je m’en vais. Je dois réfléchir. On ne m’aura pas deux fois.
Le week-end dernier, je me suis lancée. Il y a plusieurs Vidéo Futur dans le coin. Si le mien ferme, j'irai me rouler par terre devant les autres boutiques jusqu'à ce que l'on m'écoute. Le type m’a regardée d’un air bizarre. Par-dessus ses lunettes. Il m’a demandé si j’étais sûre de moi. Je lui ai répondu qu’a priori il ne risquait pas de faire faillite pendant la nuit. Il a ri, bêtement, puis ajouté que j’allais lui porter malheur.
Fenêtre Secrète. « Un excellent film que je vous recommande chaudement », m’annonce Luis. Je le prends. « En venant me le rendre, vous pourrez m’expliquer la fin ? Je ne l’ai jamais comprise ». Un sourire. Je suis rassurée.
Il sera toujours là demain.
23 octobre 2005
Duo de Nouilles - Le Ping Pong Pâtes
Leçon n°1 : les Pâtes au Paprika… euh pardon… à la Carbonara
Manoue, pour ceux qui ne la connaissent pas, est la chef cuisto des Gamelles, un blog consacré à nos papilles autant qu’au plaisir des yeux, sa maîtrise de la casserole alliée à une créativité simple étant capable de rendre un cassoulet esthétique.
Etant arrivée à l’âge d’être bonne à marier, voilà que je me demande ce que je vais bien pouvoir vendre au vaillant postulant pour les soixante prochaines années, étant donné qu’en l’état des choses actuel, ma créativité en cuisine se résume à ça :
Pas de quoi tenir soixante ans. Et plutôt devenir bonne sœur que de me convertir aux plats surgelés.
Pendant que les pâtes cuisent, je rajoute la crème fraîche (light, quand même) et le jaune d’œuf hors du feu. Bizarrement, ça n’a pas vraiment la même allure que chez Manoue. On dirait que ma mixture est plus compacte et plus lardonnée...
Le test qui tue: un œil sur la gamelle de Louloutte pour une comparaison gustative immédiate…
C’est presque pareil, mais pas tout à fait, on dirait que le pari est réussi…
Je mélange le tout, en oubliant allègrement la présentation du plat. Tant pis, je saupoudre l’assiette de paprika façon nouvelle cuisine, plante le drapeau de fin, déguste le tout arrosé d’eau plate pour alléger le repas. Un délice suivi d’un coup de barre sans précédent. On se demande pourquoi.
Merci Manoue!
Manoue a donc accepté de voler à mon secours, et nos deux blogs se sont mis un fil (ou un spaghetti ?) à la pâte pour un duo de nouilles mensuel. Manoue me proposera en milieu de mois une recette de pâtes, et en bonne élève, je réaliserai à mon tour cette recette.
Pourquoi des pâtes ? L’explication en image, avec une photo de mon étagère de cuisine.
Le mélange spaghetti chocolat n’ayant pas fait ses preuves, il était temps d’agir.
Pour commencer, des pâtes à la carbonara. Les instructions de départ, c’est ici.
Faire chauffer l’eau avec du sel. N’étant pas docile pour un sou, je laisse le sel sur son étagère, le remplace par un bouillon cube aux épices, puis reste rêveuse au-dessus de mon eau qui boue, emportant poétiquement dans sa vague mon carré magique.
Les choses se corsent vite, il faut faire revenir des lardons avec du paprika tandis que ma cinquième main doit plonger les pâtes dans l’eau bouillante (sans oublier de prendre des photos !).
21 octobre 2005
Louloutte, je t'aime (mais par pitié épargne moi!)
Depuis longtemps, je n'ai pas loué les grands mérites de mon chat, ma Louloutte en sucre. Ô Chat béni qui s'étire en s'agrippant aux rideaux, les creusant de trous inégaux tout à fait inélégants, fait ses griffes sur les pieds de ma table ou de mon canapé, miaule à trois heures du matin parce qu'il est l'heure de jouer.
Avant qu'elle ne reprenne ses représailles pour cause de vacances (que les associations de défense des animaux se rassurent, je la confie aux bons soins de ma maman qui la traîte en reine, sultane et impératrice), j'en profite pour clamer haut et fort à quel point je l'aime.
Avant qu'elle ne se venge avec l'ingratitude propre au chat d'un tel sort, et qu'elle n'urine sur mes fringues. En me regardant droit dans les yeux.
18 octobre 2005
Et ils pompèrent...
Samedi dernier, j’ai marché dans une flaque. La seule flaque du quartier. Suffisamment petite pour qu’elle m’échappe. Suffisamment grande et vicieuse pour que mes deux pieds y atterrissent à coup sûr. Jusque là rien de bien folichon, si ce n’est l’infiltration immédiate de l’eau dans mes chaussures, et son absorption instantanée mais incomplète par mes chaussettes. De quoi rester le pied trempé une partie de l’après-midi, et de rentrer chez soi dans un bruit de palmes indiscret et tout à fait gênant.
Il m’a fallu être dans le bus pour avoir la stupide idée de regarder sous mes groles pour voir ce qu’il s’y passait. Rien de tel pour que tous les regards se figent dans votre direction. Parce que tout le monde pense que vous avez marché sur une déjection canine molle. Pas sur la seule flaque du quartier. Mon salut n’est venu que de l’absence d’une crotte. Car en lieu et place de ma semelle se tenait un grand trou. Béant. Ouvert sur ma chaussette grise. La honte.
Décision fût donc prise d’inverser la tendance et de faire les boutiques. En vue d’une bonne paire de pompes incassables, inusables, aux semelles ultra compensées. Pour que ce grand moment de solitude ne se reproduise plus.
J’arrive dans la boutique. Un labyrinthe d’allées bordées de boîtes, avec les modèles érigés sur les piles. C’est l’année des bottes, mais les bottes tiennent mal, tous les exemplaires se ressemblent : une pointe de chaussure sur laquelle se rabat un pan de cuir ou de synthétique. Dans le meilleur des cas, des poils distinctifs. Car cette année, c’est l’année des poils aux bottes. Façon trappeur canadien. Ou les Bronzés font du ski en bien plus ridicule.
Le temps de me perdre, je réalise que le magasin est organisé par taille. De manière à ce que toute personne qui hésite entre deux soit contrainte de faire trois fois le tour du chantier (avec une chance sur deux pour que cette personne se rende au rayon suivant en boitant, sa pompe trop petite au bout d’un pied et sa chaussure trouée dans une main, ayant ainsi une occasion de plus d’être tout à fait risible). Et de finir par s’arrêter sur une taille qui ne lui va pas pour abréger le calvaire.
Je trouve les modèles moches, puis finit par comprendre que le classement par taille ne concerne que les fins de séries. Evidemment.
Au centre du magasin, un tas de chaussures à la mode. Je fais mon choix. Regarde la pile de boîtes rehaussée du modèle qui me plaît. Ma taille est la seconde en partant du bas. Forcément. J’hésite entre poser sur le côté chaque boîte l’une après l’autre, mais opte pour l’option Tetrix, plus rapide, soulève le paquet situé sur ma taille, le paquet tangue, les boîtes se disloquent et finissent par s’écrouler, façon Tour de Pise en fin de vie. Les gens se retournent, se marrent, j’ai chaud, range les godasses aléatoirement. Dix personnes sont sans doute désormais chaussées en 38 du pied gauche et en 34 de l'autre pied, ou inversement. Tant pis. Dans cinq minutes, je repars avec des chaussons en forme de dinosaure, c’est obligé.
Quelques essais infructueux de chaussures mal taillées, de modèles ringards, et de lacets qui lâchent, qu’il faut planquer discrètement sans se faire remarquer, m’ont donné chaud.
Je trouve mon bonheur. Tente un dernier essayage. Au moment de lacer ma basket, je perds l’équilibre, tente de me retenir sur un coin de boîte, laquelle s’écroule, ses voisines avec.
Cette fois, c’est sûr, j’ai vraiment honte.
17 octobre 2005
Pigeonnier à louer
Le jour où l’on décide de trouver un appartement est un jour de grand courage. Le début d’une aventure qui promet son lot de surprises, et pas que des bonnes, ainsi qu’une augmentation soudaine du kilométrage intérieur de vos pieds. En dehors des rues parcourues de gauche à droite, et souvent dans le sens de la montée, les marches d’escaliers s’ajoutent au compteur, gravies quatre à quatre pour être le premier devant la porte, et servant pendant des heures de siège inadapté à un postérieur qui devient douloureux autant que poussiéreux. Car le propriétaire n’est, par définition, jamais à l’heure. Il se fait désirer. Quand il se déplace. Sinon, c’est que l’affaire est déjà faite. Tant pis pour vous.
La course au nid d’amour passe par la visite de taudis présentés comme des palaces. Il faut un décodeur, un traducteur qui s’affine au gré des expériences. Les « charmants studios » sont ridiculement petits, aussi choux que des maisons de poupées, où l’on ne peut rentrer un orteil sous peine de tout casser. On les appelle également « chaleureux appartements », si étroits que deux personnes s’y tiennent chaud même sans la moindre arrière-pensée.
Les coins cuisine, ou kitchenettes, sont l’assurance d’une plaque électrique posée au milieu de votre salle de bains, elle-même casée sur un angle de salon, avec une douche fuyante et ultra concentrée en plomb. Saturnisme assuré dans quelques années, en récompense de votre abnégation.
Ma plus belle trouvaille fût un deux pièces, dont l’entrée donnait directement sur une cuisine décorée de son papier peint plastifié noir à petits pois blancs, recouvert à l’endroit des fameuses plaques d’une couche jaunâtre graisseuse et luisante. A quelques reflets près, on se voyait dedans. Un ballon d’eau chaude en sursis sur ses trois vis trônait au-dessus de l’évier, gris comme un ciel d’automne, qui gouttait sur le lino, une réplique approximative d’un carrelage marron de maison rustique. Corné sur ses bords, sur le sommet desquels des lambeaux noirs de poussière dormaient en silence.
L’arrivée au salon fût périlleuse. Il y avait une marche, vicieuse et inattendue. Tout aussi inattendue fût la deuxième marche, plantée au milieu de la pièce. Le détail qui vous empêche d’y mettre un canapé à moins d'aimer être assis penché. Le détail qui vous casse trois jambes en un an à chaque coupure d’électricité. Le détail qui finit de vous convaincre que cet appartement n’est pas pour vous.
Sur tout le long du mur, le deuxième détail qui tue. Une corde de marin, marron, lourde et noueuse, retenue par d’immenses anneaux maritimes, suit à hauteur de hanche le mur du salon jusqu’à la chambre. On se dit qu’il a été posé là par un amoureux de la mer, ou par un handicapé qui n’avait d’autre moyen de se déplacer sans se perdre. Un visiteur dépité ose un « ça se retire, ce truc ? » pour que le propriétaire s’emporte. On ne retire pas ce qui donne du cachet à ce logement.
Enfin, la salle de bain. Unique en son genre. Une baignoire à pieds de lion verte. Sur une moquette bleue. Donnant sur le salon. Une question émerge du lot. Où sont les toilettes ? Le propriétaire prend son air fâché. Derrière la baignoire, évidemment. Il faut donc l’enjamber. Ou passer par le voisin. Au choix.
Le tout servi au sixième sans ascenseur, avec un escalier bancal sur lequel traîne un tapis casse-margoulette à peine aspiré, avec ses traces de mégots et de miettes de pain, avalées entre deux souffles.
« Champêtre, unique, et inoubliable » disait l’annonce. Sept cents euros. A ce prix, autant construire une cabane.
14 octobre 2005
23ème billet, 5ème ligne
Manoue, experte en défis blogguiens, me demande de disserter sur le 23ème billet 5ème ligne de mon site.
Je trouve l’idée amusante. Inquiétante aussi, tant la perspective de remettre le nez dans mes textes que je ne relis jamais m’angoisse un peu. Et si je trouvais une coquille ? Une faute d’orthographe ? Ou pire, et si je n’étais plus en accord avec ladite phrase, exhumée de son contexte.
Je retourne à mon blog, sur la pointe des doigts. Puis trouve la pépite. Et quelle pépite.
La 5ème ligne du 23ème billet de ce blog mérite de revenir à la célébrité…
Allongée sur mon canapé, prête à une soirée cocooning devant ma télévision avec un plateau-repas…
Je me sens mieux. Rien de bien compromettant. Un instant, je me demande si ce n’est pas un clin d’œil que mon blog m’envoie. Depuis un mois, mes week-ends ressemblent à mes semaines. Chargées, esclaves et dévouées au service de mon travail. Moi qui aime tant les siestes du dimanche, sur mon canapé, voilà un beau rappel à l’ordre.
Cette phrase piquée au hasard me rassure. Ce blog est donc bien fidèle à ce que je suis.
13 octobre 2005
Accouche et tais-toi!
Katie Holmes sort avec Tom Cruise. Jusque là on s’en moque éperdument.
Katie Holmes et Tom Cruise vont se marier. Ca fait six mois qu’on en parle, on se dit que depuis le temps, ils l’ont fait en secret à Las Vegas, mais peut-être pas, on lâche l’affaire. Moi, je croyais que Tom aimait les hommes après son histoire avec la grande rousse dont j’ai oublié le nom.
Katie Holmes et Tom Cruise attendent un enfant. Bizarrement, la presse, qui se délecte des histoires d’amour sordides entre des célébrités mariées qui se trompent à tout va, en conclut que le mariage est imminent. Du rétro dans le trash, c’est le début de la fin pour les Cruise.
Heureusement, l’Eglise de Scientologie est là.
Voilà que je lis ce matin sur mon site culte People de yahoo.fr que Katie Holmes devra accoucher dans le silence, selon le rituel de la Scientologie qui veut ainsi que les enfants soient sains d'esprit. Les deux enfants adoptifs de Tom Cruise sont déjà nés ainsi, puisque l'acteur avait exigé de leurs mères biologiques qu'elles accouchent dans le silence.
Dans cette affirmation, je ne sais pas ce qui me choque le plus. L’idée d’accoucher dans le silence, l’ordre de se taire intimé par un homme à une femme pendant qu’elle accouche, ou la croyance que des enfants puissent naître sains d’esprit dans une famille pareille.
On imagine la scène. Katie ressent ses premières contractions et perd les eaux. A cet instant, elle doit se la fermer. Pour les dix prochaines heures. Au moins. A cet instant, elle doit s’adresser en langage des signes. Elle saisit son crayon pour noter sur un papier qu’elle doit se rendre à l’hôpital et qu’il faut prévenir son homme. Une fois sur place, on lui demande comment elle se sent, mais elle n’a d’autre choix que celui d’agiter les pieds et les mains pour se faire comprendre. Pour finir par accoucher aux urgences psychiatriques d’un enfant sain d’esprit.
Huit heures de silence quand on a envie d’hurler, c’est long. Passer par la césarienne, c'est tricher. Il faut pousser et reprendre son souffle sans un bruit. Pendant que Tom surveille. Sinon, quoi ? Sinon, on expliquera à Bébé qu’il est dingue parce que sa mère a dit « aïe ». Que la pureté, c’est de se taire et d’obéir. Que Tom lui, au moins, n’a rien dit pendant tout ce temps.
J’espère que Katie, à défaut de vivre cette naissance de toutes ses tripes, aura au moins le réflexe de lui mettre une baffe.
12 octobre 2005
Pourquoi j'aurais du regarder Men In Black II dimanche dernier
Un vrai dimanche soir se termine toujours en flaque sur le canapé. Pour préparer son corps à attaquer le lundi, pour récupérer quelques miettes de repos, pour se féliciter d’avoir enfin réussi à ne servir à rien.
Le support idéal de la flaque reste le film. Un bon film de cinéma transporté sur une télévision de quarante centimètres. En version française massacrée à la fourchette, montée entre deux sandwichs de manière à ne jamais faire coïncider les paroles et les mouvements de lèvres des acteurs. Un film qui ne se réfléchit pas, une histoire simple, que l’on pourra résumer sans trop de problème à la cantine le lendemain.
Quand l’option film se révèle impossible – façon Men in Black II qui demande un abandon de soi total et sans réserve à l’imaginaire surréaliste, ce dont je suis incapable un dimanche – il reste l’option Fogiel. La meilleure pour les pauses café de la semaine. Sauf la semaine dernière. L’infatigable Mireille Mathieu, en long, en large, en live et en travers. Pomponnée de partout, cireuse comme une poupée de collection, elle traverse les siècles. Chaque fois, je scrute sa couple au bol, espérant qu’un cheveu partira de travers. Sans succès, tout est toujours nickel.
Dimanche soir, j’allume mon poste et le branche sur ONPP. Mireille. Encore elle. Immuable. Habillée comme la dernière fois, le même décor, la même chanson, le même trémolo. J’ai l’impression d’avoir été manipulée, je suis partie pour revivre cent fois cette même scène. Franchement pas la meilleure, c’est un peu gonflé.
Je zappe. Re-zappe. Puis finis par retrouver Marc-O dans un décor années 60, sur un sofa bleu tout droit sorti d’une brocante, une table basique ayant échappé aux designers de plateaux de télévision. Sur sa gauche, une Charlotte Valandrey qui a trop chaud et se replie en fœtus sur le bout de canapé, adoptant la même pose que celle qui la découvre sur le livre qu’elle vient promouvoir. A l’autre bout de la pièce, Guy Carlier trône comme un bouddha, on sent qu’il est mal à l’aise d’être découvert de la tête aux pieds, assis sur un trépied bancal, on s’attend à le voir descendre d’un étage d’une minute à l’autre.
On se demande ce qu’il se passe pour que Fogiel ait récupéré des locaux de syndicalistes, on pense à une grève des éclaireurs de plateaux, mais non. La scène est envahie par des défenseurs de Dieudonné. Venus manifester contre un SMS raciste en réponse aux réflexions antisémites du comédien. Je ne dirai pas comique étant donné la tournure de son humour, qui à force de me faire grincer des dents finira bien par toutes me les faire tomber. Un SMS raciste n’est pas une réponse au racisme, et la contre-attaque violente du sabotage d’émission est un cran de plus dans la montée de la stupidité. Dieudo, qui a reçu l’absolution de la justice sur ses propos diffamatoires et ne sait plus comment se faire remarquer, est fier de son esclandre, Fogiel n’en demandait pas tant pour prouver que sa condamnation pour insulte raciste était injuste. C’est à se demander qui mérite des baffes.
Pendant que je m’énerve intérieurement, Charlotte Valandrey nous parle du Sida, de la mort, des transplantations cardiaques, de ses trente-six kilos. Christophe Hondelatte évoque sa fraternité pour les prisonniers pédophiles et criminels.
Je voulais une soirée liquide, qui s’avale comme un apéro du dimanche. Pour cette fois, ce sera un alcool qui rend triste, le mélange d’un conflit puéril sur un sujet grave, arrosé de bribes de réflexions fondamentales sur lesquelles s’attarder aurait plombé l’ambiance. Dommage, le décor s’y prêtait bien.
10 octobre 2005
Projet du lundi
Certains jours comme le lundi sont particulièrement propices aux projets démesurés.
Aujourd’hui, je me verrais bien élever des chèvres. Au milieu d’une campagne déserte, assise sur mon rocher millénaire, avec un bâton de pèlerin. De grosses chaussures de marche boueuses aux pieds, un pull en poil de mouton fait main, les mains terreuses, les yeux dans le vague, avec mon chien de berger (et Louloutte dans son sac de promenade). Mon mari, un homme du pays, né là-bas, éduqué là-bas, prévu pour mourir là-bas, viendrait me voir avec ses bottes vertes sur son tracteur, et m’apporterait du pain gros comme un fût, déboucherait son litron et me servirait du saucisson.
C’est évident, la première heure serait idyllique, je me demanderais pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt, la deuxième heure serait un peu plus longue, car il se mettrait à pleuvoir, les chèvres partiraient dans tous les sens, et mon pantalon crotté me collerait à la peau tandis que mes pompes s’enfonceraient dans la gadoue. La troisième heure serait un cauchemar car mon mari serait parti récupérer les vaches, et je serais seule au milieu de mes chèvres qui sentiraient le poil mouillé, et moi aussi, tandis que mes cheveux s’entortilleraient dans des frisottis incontrôlables. Tout en me disant qu’il faudrait aller tirer l’eau du puits si je veux une bonne douche.
A cet instant, je le sais par avance, la seule chose qui me manquerait, ce serait la ville, avec ses bus agressifs, ses trottoirs glissants, son supermarché bondé, avec des produits du terroir lavés, essorés et mis en sauce, du tout prêt au goût universel et interchangeable, qui me ferait regretter mes champs de patates. Bref, tout ça n’est pas simple.
Mon idée irréaliste est née ce matin. Un quart d’heure après avoir entamé mon créneau et bloqué toute une rue pendant ma manœuvre. Lorsque la ville m’est tombée dessus dans sa contrainte la plus exécrable, celle de devoir tout faire bien et vite, celle de ne gêner personne tout en étant inévitablement de trop.
L’idée irréaliste est de s’imaginer qu’un créneau rapide, discret et sans douleur est possible. Mon projet de chèvres n'est peut-être pas si fou. A suivre.
06 octobre 2005
Les joies de la cantine
Les restaurants d’entreprise créent des occasions de rêve pour apprendre à décoder les autres. Pour connaître quelqu’un, mettez-le face à son assiette, et vous en tirerez un panier plein de renseignements croustillants. Dans la plupart des cas. Il y a toujours quelques réfractaires qui restent branchés à leur ordinateur, vous expliquant l’état du projet qui les occupent, voire vous demandent votre avis pendant que vous êtes penché au-dessus de votre carré de poisson, en pleine traque aux arêtes. Il y a ceux qui ne mouftent pas, sérieux comme des papes face à leurs frites, soit parce qu’ils n’ont rien à dire, soit parce qu’ils ont déjà compris avant les autres que les ragots naissent et meurent dans le restaurant d’entreprise. Et que tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.
A l’heure du repas, chacun y va de son histoire. Les parents discutent de leurs bambins, parlent école, nounou, éducation et activités du mercredi, se demandant si trois ans n’est déjà pas trop tard pour mettre Pitchoune au piano si elle veut faire carrière. Un bon collègue est un bon parent dont l’enfant est épanoui, intelligent et adorablement affectueux. Ceux qui ne maternent pas bavardent cinéma, théâtre, concerts, sport, font des projets pour le week-end. Il faut montrer que l’on a une vie après le travail, que l’on se cultive à la mode. Tout ça est gentiment lisse et agréable, rien ne fâche, tout s’aborde mais rien ne se creuse. On n’est pas chez Jean-Luc Delarue.
Heureusement, comme toujours, il y a ce grain de sable. Infiniment discret mais subtilement omniprésent. Celui qui se glisse dans ce qui est trop plat, qui crée cette petite bosse et laisse une trace. Ce grain qui perturbe le système, sans pour autant l’arrêter.
Dans un restaurant d’entreprise, le grain de sable est celui qui répond, lorsqu’on l’interroge sur ce qu’il aime dans la vie, qu’il est passionné de yoyo.
Un ange passe, se demandant lui-même si ce trentenaire une méthode inégalée pour faire cesser instantanément tous les bruits de couverts, ou s’il pense vraiment ce qu’il dit. Ni une ni deux, le passionné se lève et s’exécute. Il sort de sa poche l’objet rond, s’attache la ficelle autour du doigt et se met à jouer. Un vrai yoyo de compétition qui s’enroule et se déroule à la vitesse du son, parcoure des diagonales en glissant dans un roulis doux et léger. Sans même atterrir dans un plat de purée.
Petite, mon yoyo Mickey descendait lentement sur sa ficelle et n’en remontait jamais, s’affaissant à quelques centimètres du sol, lorsqu’il ne tombait pas carrément, laissant ses deux moitiés se séparer et rouler à terre, tandis que seule la ficelle me restait au bout du doigt.
Le yoyo est revenu à la normale, le joueur s’est rassis face à ses frites. Les fourchettes se sont remises en action. Le spectacle était terminé.


