Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

04 octobre 2005

L'interrogatoire de la semaine

En début de semaine, Manoue me proposait sur son site un « j’aime-j’aime pas », petit jeu auquel je me prête volontiers.

Un peu comme ces questionnaires que l’on reçoit par email régulièrement et qu’il faut renvoyer complété à sept amis, sous peine d’être malheureux toute sa vie ou de passer simplement à côté d’un bonheur immédiat. Comme si les choses étaient aussi simples. Tout le monde sait que c’est impossible, mais tout le monde le fait quand même. Parce que le bonheur est à la fois simple et compliqué, qu’il repart aussi vite qu’il est venu, pourquoi ne tiendrait-il pas à ce questionnaire à rallonge ? Bref, on finit par passer des heures à y répondre, en passant de votre assaisonnement de pâtes préféré et la couleur majeure de votre café. On s’en fiche royalement, mais il y aura toujours quelqu’un pour trouver ça drôle.

Le j’aime-j’aime pas est moins saucissonné en questions, il est plus vaste, beaucoup plus libre. Mais je n’ai le droit qu’à cinq réponses pour chaque état d’âme. C’est trop et pas assez à la fois.

Dans ce que j’aime, il y a les autres. Pas tous. Ceux que j’aime pour toujours le savent déjà, ils sont rares et se tiennent compagnie sur les cinq doigts de ma main gauche, la plus habile. Il y a aussi ceux que j’aime instinctivement, parce qu’ils ont des valeurs qui me plaisent, un regard qui me touche, une fragilité assumée qui reste timide. Ceux-là ont une grâce dont ils ont à peine conscience, un truc à eux si différent des autres qui les rend uniques et libres. Les autres naviguent dans des eaux un peu plus troubles. Ils entrent et sortent de ma vie, laissent des traces dans mon histoire, mais avec eux la page se tourne. Certains sont des visages, des attitudes que j’inscris parfois plus longtemps sur une pellicule cachée dans sa chambre noire.

J’aime toutes les choses qui rassurent. De mon ancien doudou que je garde chez moi, en passant par mon chat dont le ronronnement m’apaise, le chocolat sous toutes ses formes et la chaleur d’une couverture.

Ce que j’aime avant tout, c’est un état d’esprit. J’aime la loyauté par-dessus tout, la fidélité à ce que l’on est tout en acceptant d’avoir tort, j’aime ceux qui savent prononcer le mot pardon lorsqu’il est nécessaire, tout en fuyant ceux qui s’excusent par peur de ne plus être aimé. J’aime ceux qui respectent les distances, sans forcer les barrages, ceux qui s’éloignent sans renoncer à revenir. J’aime les optimistes qui rendent la vie tellement plus belle.

Ce que je n’aime pas est par définition le contraire de ce que j’aime. Je fuis les irresponsables, les lâches, les égoïstes, les calculateurs, ceux qui oublient d'aimer, ceux dont le coeur n'agit que par intérêt. Ceux qui nous prennent pour des ardoises magiques, chez qui tout s’efface sans laisser d’encre.

Ce que je n’aime pas ne mérite pas vraiment d’être cité, à part le melon et les blettes. De vraies erreurs de la nature. Mais ils n’y sont pour rien, alors je leur pardonne.

Posté par emmanuelle2202 à 08:42 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2005

Quand les chars Leclerc deviendront des voitures de filles

Voir sa voiture se transformer petit à petit en épave est une réelle épreuve. Sentimentale.

Tout a commencé en mars 2003, lorsque j’ai acquis ma première et unique voiture. Une Citroën Saxo rutilante de cinquante mille kilomètres, cirée à la main spécialement pour plaire à la fille que je suis, aspirée et en parfait état.

Ce jour-là, en me cédant sa Porsche version populaire, l’ancien propriétaire m’avait laissée sur le bord du trottoir, face à ma limousine que je taguais immédiatement d’un grand A fluorescent. Il avait l’air anxieux, triste et désolé de laisser sa voiture entre de telles mains inexpérimentées. Il m’a observée. Longuement. Lassé d’attendre que je finisse mes réglages de rétroviseurs, il a cogné à la vitre le temps que je cherche le bouton de descente automatique et finisse par comprendre qu’elle se baissait manuellement, il m’a soufflé un « je vous laisse vous concentrer pour le créneau » avant de faire semblant de partir, puis il s’est planqué dans un coin pour rire de mes manœuvres de débutante. Premier trajet. J’ai pris un sens interdit et grillé quelques feux. Sous le nez des policiers en charge de la circulation, excédés par ma lenteur. Bien malgré moi. Trop occupée à ne pas emboutir le voisin, j’en avais oublié le code. Déjà.

Au bout de quelques jours, un petit coup sur l’avant droit, administré sans complexe par une voiture non identifiée ayant filé sans demander son reste, a entamé la pomme pour un début de pourrissement bien chronométré. Le creux est toujours là. Avec la pluie, il rouille. Le début de la fin.

Quelques mois plus tard, un camion emboutissait l’arrière gauche, laissant mourant mon phare arrière. Premier accident. Le conducteur est sorti de son véhicule, aussi arrogant qu’un lama vexé. Il n’en fallait pas moins pour m’annoncer sans que je m’énerve qu’il n’était pas assuré. Il m’a payé symboliquement mon phare pour que j’arrête de pleurer. Je suis repartie en remerciant tous les Saints du monde de m’avoir épargné. Pour réaliser lors du remplacement au garage, que mon dédommagement n’avait servi qu’à payer une moitié de main-d’œuvre.

Un lundi de l’année dernière, pour commencer la semaine. Un matin au réveil brumeux. Je sors du parking, oublie de mettre mes lunettes et tourne un peu brusquement. Le temps de me rendre compte qu’un idiot mal garé bloque mon passage, et ma porte droite se plie de douleur. Je viens de me prendre un coin, et d’offrir à ma Saxo un creux de plus. Sous les yeux de la seule mamie du quartier à sa fenêtre à une heure aussi indue. Prête à porter plainte si je me tire en douce. Dans l’aventure, l’autre n’a rien eu. Evidemment. Ma porte, elle, a pris l’allure d’une jolie courbe, façon bouteille Contrex cintrée en son milieu.

Début du printemps, l’humeur légère, je me gare au parking du bureau, tente de parfaire mon créneau pour être bien parallèle au voisin, pressent que je serre un peu trop à gauche. Le pilier, mon rétroviseur, le pilier. Passera, passera pas. Je sais que la collision aura lieu, elle est inévitable, et pourtant je continue de reculer. Un grand crac éclate la vitre du rétroviseur. Comme prévu. C’est le destin. Ce n’est donc pas de ma faute. Malgré tout, je passe pour la fille pas douée auprès des collègues.

Enfin, hier. Etape suivante d’un retour imminent à la matière première : l’acier.

Alors qu’il démarrait après le passage du feu au vert, un bourge en Smart, façon P.D.G urbain grand chic, pressé, mais n’oubliant pas d’être vulgaire et parfaitement agressif, pile devant moi, pendant que je fais un coucou au type de droite en Fiat Panda années 80 pour le remercier de me laisser gentiment passer. Entre épaves, on se comprend. Je n’ai pas fini mon sourire de fille sympa qu’il se transforme en grimace tout aussi disgracieuse que le bras d’honneur que m’offre la Smart. Je me gare parce que je suis polie et que j’assume. Un petit chauve à lunettes et en cravate m’arrivant à la taille sort de son pot de yaourt, et m’annonce sans me laisser le temps d’en placer une : « vous avez de la chance, physiquement, je suis intact ». Le goujat remonte aussi sec en me levant son doigt d’instit, me faisant promettre de ne jamais recommencer. Pour la peine, il n’aura pas mes excuses. Je reprends le volant, en claquant ma porte Contrex, auquel est pendu mon badge de parking qui se fait la malle sous l’effet du choc. Me voilà contrainte de me pencher de côté, je tâtonne sous le siège, récupérant deux ans de poussière, pour réaliser que le badge a filé dans les bottes que je laisse traîner avec une carte routière de cinq cents pages sur l'Ile-de-France et les plastiques laissés par Midas en deux ans de fréquentation. Mon voisin de gauche regarde amusé la dingue qui agite sa botte au dessus du volant, en se demandant bien ce que je cherche au fond de mes pompes.

J’ai chaud, comme toujours, d’avoir fait la contorsionniste dans mon carrosse, de plus en plus proche de la citrouille ambulante, et d’avoir été matée par les piétons témoins de la collision.

Je rentre, réalisant pendant le trajet qu’une bosse à ma voiture aurait au moins équilibré ces creux. Voilà chose faite, je viens d’inventer le concept du capot à vaguelettes.

Posté par emmanuelle2202 à 08:20 - Quand les choses tournent mal - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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