30 janvier 2006
Chaises musicales
Il arrive parfois que l’on ait un sentiment soudain d’encombrement chez soi, une impression d’immense bazar incontrôlable. On aimerait alors mettre tous ses meubles sur le palier, vider son appartement et tout recommencer méthodiquement. Hier ce décalage m’est apparu avec la force d’une gifle.
A défaut de pouvoir déménager dans l’heure, j’ai pris les choses par le début. Le début d’un chamboulement saisonnier qui s’empare de moi régulièrement. J’ai mis l’appartement à l’envers. Ce qui était à droite est passé à gauche, ce qui était au mur est allé sous le lit, ce qui était poussiéreux a rejoint la poubelle.
Cette envie de changement est brutale, elle vous étreint sans vous lâcher, il faut agir vite, et les mois de réflexion passés à vous demander ce qui du déménagement au réaménagement a le plus de sens sont inutiles. Il suffit d’un déclic pour qu’un nouvel ordre s’installe. Comme un besoin de réorganiser son espace vital à l’image de son esprit, de son humeur du moment. Il faut retrouver cette adéquation, cet équilibre qui vous fait dire que vous être à nouveau à votre place, et que cet appartement a retrouvé sa cohérence.
Tant que cette cohésion n'est pas trouvée, les choses s'acharnent à ne pas rentrer dans les cases, ce qui devait passer entre le radiateur et la table ne passe pas. Il fallait que ce soit ainsi, comme un message pour vous dire que l'idée n'est pas bonne, que l'harmonie est ailleurs.
J’ai fait le vide dans mon logement comme je fais le vide dans ma vie, mis en valeur ce qui m’accompagne depuis toujours, libéré de la place pour ce qui reste à venir, mis les obstacles de côté, laissé les barrages pour plus tard.
J’ai changé de parfum, acheté un nouveau sac de fille, et donné mes vêtements à d’autres. Il fallait un ordre nouveau, j’ai maintenant le sentiment d’habiter ailleurs.
Seul le chat est impassible. Elle a suivi le canapé dans ses voyages, éternel compagnon de ses siestes interminables. Son essentiel est toujours là, elle accepte donc les manœuvres, n’ayant pas le moindre sentiment qu’une nouvelle paix s’est installée.
J’aimerais être chat, vraiment.
22 janvier 2006
Découverte musicale: Olivia Ruiz
Comme toujours, je suis tombée sur cet album (La femme-chocolat) par hasard, au cours de mes errances « fnacquestes » (ce n'est pas parce que l'on ne sait pas faire marcher un scanner que l'on n'a pas d'oreille).
Je ne savais pas que cette fille avait participé à la fameuse Star Ac’. Et je comprends pourquoi elle n’a pas gagné. Elle mérite bien mieux qu’une victoire au supermarché de la chanson.
Olivia Ruiz a une vraie personnalité, elle nous apporte une musique inédite qui ne ressemble à personne, des textes coupés comme des tranches de vie que l’on goûte avec gourmandise. Ses textes ont le réalisme et la légèreté de Bénabar, mais le résultat n’a rien à voir. On dirait qu’elle ne veut pas grandir, elle évoque de sa voix fluette de petite fille des choses graves avec la légèreté et la naïveté de l’enfance. Elle nous parle de mort, de non-dits, d’amour, des soucis de la vie et malgré tout c’est la joie de vivre qui reste.
Olivia Ruiz nous offre avec cet album un concentré original de bonne humeur. On en redemande.
Extraits de la Femme-Chocolat
Taille-moi les hanches à la hache
J’ai trop mangé de chocolat
Croque-moi la peau s’il te plaît
Croque-moi les os s’il le faut
C’est le temps des grandes métamorphoses (...)
Pétris-moi les hanches de baisers
Je deviens la femme-chocolat !
Laisse fondre mes hanches nutellasses
Le sang qui coule en moi, c’est du chocolat chaud
Un jour je vais m’envoler
A travers le ciel
A force de gonfler
16 janvier 2006
C'est mon enfance
Il y a eu quelques jours tristes
Quand je cherchais mes origines
Comme la douleur qui persiste
D’une infinie fièvre sanguine
Je viens de ces étés passés
Sur le rebord d’un doux nuage
Adieu au vieux rêve effacé
De mes années beaucoup trop sages
C’est mon enfance
Et je la traîne avec moi
Pardonne lui son insistance
Elle ne s’éloigne pas
Il y a toutes mes danses
Et mes rêves là-bas
Ce qu’il reste de mon enfance
Que je ne regrette pas
Tu verras quand mes yeux s’embrument
C’est qu’alors un air pluvieux y passe
C’est trois fois rien, tout se rallume
Quand on y glisse une folie lasse
C’est là-bas qu’il te faudra chercher
Le noir éclat de mes zones d’ombre
Au prix d’un bonheur marchandé
Sous les étoiles d’une nuit sombre
C’est mon enfance
Et je la traîne avec moi
Pardonne lui son insistance
Elle ne s’éloigne pas
Il y a toutes mes danses
Et mes rêves là-bas
Ce qu’il reste de mon enfance
Que je ne regrette pas
12 janvier 2006
Fuites
Ce matin, j’ai gagné un nouveau robinet. A priori, rien de bien fascinant, sauf que je vais enfin pouvoir apporter ma pierre au sauvetage de la planète (ou au moins à un ralentissement de sa chute dans mon quartier) puisque je perdais environ cinq litres d’eau par jour.
Une honte quand on pense à ceux qui en manquent et qui en meurent. Cela faisait six mois que j’essayais d’expliquer ce problème éthique à mon propriétaire, un presque centenaire qui, à son âge, a sûrement perdu la sensation de soif, et pour qui le bien de l’humanité ne passe que par le remplissage mensuel de son portefeuille de loyers.
Seulement voilà, mon propriétaire aimerait m’annoncer que la facture augmente, et pour éviter une mutinerie, décide de faire preuve de générosité et de mettre fin au filet d’eau chaude qui avait fini par creuser un sillon dans l’émail du lavabo (mais j’ai confiance, voilà encore quelque chose qu’il réussira à me faire payer le jour où je partirai).
Rendez-vous avec le plombier. A huit heures tapantes. Dix minutes avant, je range tout ce qui n’est pas montrable, mes affaires de fille, parfums et autres bouteilles qui risqueraient de finir en miettes au passage de la caisse à outils, et camoufle le beau tapis de bains blanc immaculé, pour éviter l’empreinte irréversible d’une taille 47.
A neuf heures, ils sont deux, ne s’excusent pas du retard. J’aimerais faire un scandale mais avec deux armoires à glace chez moi, je sens que je ne vais pas faire le poids, même si le chat s’en mêle (d’ailleurs l’intéressée a filé sous le canapé, terrorisée par l’odeur de transpiration du plombier obèse qui réveille en moi une vieille nausée).
Très vite, j’entends que l’on casse tout. A grands coups de marteau. Le bébé du dessous se met à hurler, j’en connais qui vont me détester. Quand les ennuis commencent. Je travaille à mon bureau, essaie de me concentrer, lorsqu’un poème d’injures traverse la cloison. Je n’en ai jamais entendu autant, j'en apprends même de nouvelles. Visiblement, il y a une fuite, évidemment, ils n’avaient pas coupé l’eau. Les noms d’oiseaux pleuvent, c’est le plus jeune qui prend. Et mon lavabo que l’on traite de tout, à commencer par le pire. Le robinet résiste, il s’en prend plein la tête, ça frappe encore plus fort, et la chanson se termine par un violent « m… » suivi d’un grand silence.
Louloutte passe le museau hors du canapé, puis se rétracte, m’observant du coin de l’œil. Je n’ose pas aller voir, le dernier souvenir concernant mon plombier étant fiché dans le mur commun à ma salle de bains et à la chambre. Un bout de plâtre qui tient en équilibre et qui cache un gros trou. Une aération maison, que le plombier n’a jamais voulu réparer. Parce que c’est de ma faute si mes murs ne sont pas solides, bien sûr.
En cinq minutes, l’affaire est bouclée. Les deux plombiers m’annoncent que le travail est fini. Venez que je vous explique comment ça marche. Le temps d’une fraction de seconde, je me demande s’il me prend pour une idiote ou si je viens de gagner un robinet high tech.
Non, il me prend pour une gourde. Il ouvre le robinet d’eau froide. Vous voyez, ça marche comme ça, essayez pour voir. Je me sens tout à fait bête d’obéir. Pour l’eau chaude, c’est pareil. Ah bon.
Les géants repartent avec leur bazar. Ils partent vite. Pas d’ambages, à peine au revoir. La salle de bain est pleine de terre. On se demande pourquoi, mais je viens de remporter une séance de ménage. Ma serviette de bains est sur le sol mouillé. Ils s’en sont servis de serpillière. Merci bien.
Puis je finis par comprendre la raison de ce départ précipité. Ils ont fêlé un coin de la baignoire. Vive les douches.
08 janvier 2006
Photo du jour
A tous ceux qui se demandent à quoi ressemble la solitude.
06 janvier 2006
Ne quittez pas...
- Allô ? Allôôô ? Je suis bien à la…
- Ne quittez pas un opérateur va vous répondre…
- FNAC ?
- Ne quittez pas un opérateur va vous répondre…
Petite musique d’ambiance. Trente centimes d’euros la minute pour l’air de Vangelis qui tape sur les nerfs, l’industrie du disque n’a pas de souci à se faire. A ce prix, ils récupèrent l’argent détourné des copies sauvages, je me désolidarise.
- C’est pour quoi ?
Fin des violons. Cette fois, c’est une voix humaine bien que terriblement agacée qui me parle. Un peu plus et on aurait dit qu’elle poireautait depuis dix minutes sur un air de Vangelis.
- Bonjour Monsieur, je suis cliente à la FNAC…
- Et alors, c’est quoi le problème ?
Autrement dit, abrège, je n’ai pas que ça à faire.
- Eh bien voilà, j’ai acheté un scanner et il ne marche pas.
- Vous l’avez acheté à la FNAC ?
Non, je l’ai acheté à la Foir’Fouille, c’est pour ça que je vous appelle.
- Euh… oui… chez vous…
Réponse aussi bête que la question, mais vu l’humeur du bonhomme, si je veux de l’aide, autant rester polie.
- Vous avez suivi les instructions du CD-Rom d’installation ?
Non, bien sûr, je l’ai mis au micro-ondes avec mes Knacki jusqu’à ce que tout éclate.
- Oui… à la lettre… L’ordinateur m’a dit que tout était installé correctement…
- Alors, il est où le problème ?
Laisse moi finir mes phrases, imbécile.
- L’ordinateur me dit aussi qu'il ne reconnaît pas le scanner...
Oui, l'ordinateur me parle, sauf que là, on ne se comprend pas bien.
- Vous l’avez branché sur secteur au moins ?
Ce type me prend pour une blonde.
- Oui, et j’ai attendu que l’ordinateur redémarre pour brancher le scanner, comme indiqué sur le « guide de démarrage rapide »…
J’insiste sur le rapide.
Si l'ordinateur me sort encore une fois "matériel inconnu détecté", je démonte tout et je me lance dans mes propres branchements.
- Eh ben, vous désinstallez tout et vous recommencez.
Méthode anarchiste de toute personne dépassée par les évènements.
- Déjà fait. Cent quatorze fois depuis hier.
A ce rythme, mon CD-Rom d'installation va me chanter du Bénabar.
- Connectez-vous sur canon.fr pour récupérer le dernier pilote.
Ca y est, il commence à mal me parler, dans deux minutes il me sort un Ctrl - Alt - Suppr qui va mal finir.
- Déjà fait.
Réponse de l’ignorante paresseuse qui sent venir le plantage d’ordinateur et les virus comme la prochaine épidémie de gastro-entérite.
Silence au bout du fil. Le monsieur exaspéré n’a plus d’idée.
- Essayez les forums internet, j'en sais rien, moi!
Merci, mais j'avais compris.
- Vous vous moquez de moi ? C’est ça le service après-vente de la FNAC ? Les forums de nazes qui n’y comprennent rien? Merci de vos conseils. C'est inadmissible... Et pourtant vous êtes beaucoup plus cher que...
Je me transforme en ménagère de moins de cinquante ans frustrée qui n'a plus d'autre argument que d'insulter le régime en place. La honte.
- Bon, ben, appelez l’assistance, ils sauront vous aider.
Tu ne pouvais pas le dire plus tôt?
- A quel numéro ?
Un numéro à cinquante centimes d’euros. Pour les dettes d’Universal.
Je compose, tombe sur une autre musique dégoulinante. Jeux Interdits. Et la promesse que quelqu'un va me répondre.
Ca y est, cette fois, j’ai vraiment envie de pleurer.
02 janvier 2006
Duo de Nouilles - Le Ping Pong Pâtes
Leçon n°3: Pâtes Royales au Poulet Citronné
Les fêtes sont passées, avec leur lot de goinfrerie à vous faire sauter l’estomac et le reste. Rien de mieux pour se remettre que la recette de poulet au citron proposée par Manoue dans le cadre du Ping Pong Pâtes.
La recette de départ est ici.
Suite à l’échec cuisant de mes Spaghettis Bolognaise sèches, je décide de suivre la recette à la lettre.
Il était une fois trois aiguillettes de poulet qui s’ennuyaient à mourir sur une assiette pâle comme la neige…
Je découpe pacifiquement le tout en cubes, citronne, poivre, puis perd une heure à retirer les trois pépins prétendants qui se sont faits la malle dans la chair fraîche.
Le destin des aiguillettes étant de passer à la casserole, je les glisse méthodiquement dans l’huile d’olive. A cette période de l’année, j’aurais pu penser à une cuisson vapeur, mais il ne faudrait pas que le choc soit trop violent pour l’estomac, je reste sur la poêle, et son frétillement de lipides.
Après une séance sauna de rigueur, voilà les bronzées qui s’affichent. Lorsque soudain, mon immanquable problème de timing me saute à la gorge. L’eau des pâtes n’est pas prête.
Je contourne le problème avec une louche de crème fraîche light persillée, tandis que j’observe mon tourbillon de tagliatelles dans une eau en furie toujours aussi poétique.
Ma touche personnelle est entièrement présente dans la rondelle de citron. Du grand art.
Soyons modeste, le résultat final est royal, sauf qu’il ne ressemble absolument pas à la préparation de Manoue. Ma sauce est marron, comme d’habitude, tandis que celle de Manoue était blanche comme l’hiver.
Je n’y comprends rien, mais les papilles ne s’en remettent pas. Rien de mieux que ce plat pour un retour raisonnable à la réalité, après les folies de décembre.
Promis, demain, je me mets à la soupe. Aux vermicelles.
Noël - Clap de fin
Après m’être attendrie sur la beauté d’un sapin fraîchement coupé et sur toutes les belles choses de mon enfance qu’il me suggère chaque année, je sors du rêve. Le voilà en train de péricliter sur mon parquet, prenant cette fameuse allure de bobtail mouillé qui m’exaspère.
Les branches se plient vers le bas, les épines éternelles piquent du nez, atterrissent sur mon sac à sapin déchiqueté depuis deux semaines par le chat qui a fini par prendre l’emballage jaune pour une litière naturelle. J’ai les crocs, il est temps de se séparer de ma nature morte dont même les guirlandes ne veulent plus, finissant en boule sous le socle en tronc d’arbre, pétries par le chat sauvage que j’héberge.
Avant que le conifère ne finisse par prendre racine dans mon parquet, il faut remballer le sapin dans son sac, les épines sont si sèches qu’elles s’agrippent au plastique, et se faufilent dans les trous laissés par les griffes du fauve, si bien que le sac ne finit par n’emballer que le tronc, toutes branches dehors.
Bien évidemment, je m’arrête sur le paillasson et réalise bêtement que si mon sapin passait dans l’escalier la dernière fois, c’est parce qu’il était plié, mais assurément, maintenant qu’il a les bras bien écartés, je vais avoir un problème.
Retour chez moi, je n’ai plus de parquet mais une moquette d’épines, que mon chat s’amuse à lécher, se collant les aiguilles sur le museau – quand elles ne rentrent pas dans son nez. L’animal se sent agressé, éternue, se met à courir, étalant les picots dans tout l’appartement. Je parie que demain j’en retrouve une paire dans mes pâtes. A moins que je ne sois obligée de tenir le chat par les pattes, la tête à l'envers, parce qu'il aura une arête au fond de la gorge.
Pas d’autre solution. J’attaque à la scie. Une petite scie à métaux fera l’affaire. Et me voilà qui tranche les branches en rondelles, ayant pendant quelques minutes l’impression d’avoir le premier rôle de Massacre à la Tronçonneuse. Je jubile. J’ai chaud, j’en ai partout, de la sciure, des épines, des copeaux de bois, de la terre (sans parler des poils de Louloutte qui finissent même par me pousser dessus). Je rassemble les bouts, fourre le tout dans un sac.
Je descends l’ossature, et finis par planquer le cadavre derrière l’immeuble où patientent trois autres sapins décapités en fin de vie. Un passant s’arrête et me regarde avec un air dégouté. Il est bien moche votre arbre, me dit-il. J’ai envie de lui mettre un coup de scie dans la tête, tout à fait en phase avec mon humeur.
Je remonte chez moi. Constate les dégâts de la déforestation. Je suis envahie. Par les épines. Pour commencer l’année en douceur. C'est sûr, je vais en retrouver sous mon lit jusqu’en mars.
Il faut bien une année pour avoir à nouveau l’envie que cela recommence.
01 janvier 2006
Bonne année
Meilleurs voeux à tous, que la philosophie épicurienne du chat soit avec vous.
Le chat ne fait que ce qui lui plaît à l'instant où son désir naît. Il oublie puis repart dans sa quête du bonheur instantané et naïf. Il n'agit que dans son propre intérêt, n'étant sur vos genoux que pour quelques minutes de caresses et d'extase, ignorant les griffures brûlantes causées par son pétrissage langoureux.
Il peut aussi y avoir du plaisir là où le bonheur des autres se trouve. Et c'est ce qui m'amène à vous souhaiter le plus beau pour cette année.
Emmanuelle
(bien évidemment, cela ne concerne pas celui qui m'a volé toutes mes affaires la veille de Noël, pour qui je ressens le plus grand des mépris et à qui je ne souhaite rien de bon - ma grandeur humaine s'arrête là.)


