24 mars 2006
Départ
Mon chat me fascine.
Chaque fois qu'une valise est exhumée d'un placard, poussiéreuse et déformée, Louloutte sent le danger. Il suffit parfois de peu pour que la boîte à chat soit de retour, et la panique la gagne. Elle se carapate alors sous le canapé massif, en son centre de gravité, qui est également l'endroit le plus difficile à atteindre pour moi. Que l'envie me prenne de bouger ce meuble ne change rien, le chat se déplace au fur et à mesure, jusqu'à ce qu'une planque plus sécurisée soit à hauteur de ses grandes enjambées.
Lundi, la valise était neuve, sans a priori, sans boîte à chat non plus. Un vrai leurre. Et le poisson a mordu.
Elle a reniflé la chose avec intérêt, se demandant comment elle pourrait lui servir, ce qui est à moi étant par définition d'abord à elle. Elle s'est gratté le menton, a tenté d'ouvrir les poches avec ses griffes, y a laissé quelques traces d'une imminente appropriation de l'objet.
Il s'est alors produit quelque chose. Un déclic. Une pensée de chat soudaine et furtive. Elle s'est arrêtée, m'a regardée en dressant ses oreilles, leur faisant faire un tour sauvage de 360°, puis s'est sauvée. Elle a stoppé net à la frontière du canapé, se demandant à quel voyage cette valise pouvait faire référence.
Parce qu'un voyage est bien dans l'air.
Elle est alors retournée vers l'ennemi, en a pris le contrôle, et n'en a pas bougé de la journée, préférant renoncer à la pâtée plutôt que de rater le départ.
Le panier à chat est à côté et inutile.
Je pars bientôt. Elle ne bouge pas. Vit sur cette valise tant que mes yeux sont ouverts, puis vient me rejoindre lorsqu'ils sont bien fermés.
A chaque départ, le lien se renforce, incroyablement puissant et inéluctable. Le temps passera vite, elle sera traitée en reine en mon absence, elle sera aimée comme chez moi. Elle me fera une tronche de chat mal luné à mon retour, refusera de venir me sentir, au point qu'il faudra que je déplace lit ou armoire pour la récupérer.
J'ai tellement hâte.