Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

30 mars 2006

Pause café

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A la terrasse des cafés, beaucoup de regards se croisent, sans s'arrêter vraiment, ils se fixent sur du vide, sur air frais qui passe.

A la terrasse des cafés, les contraires se percutent. Celui qui prend son temps avec celui qui n'en a plus, celui en voudrait et l'autre qui en a trop, celui qui est perdu et qui reprend son calme contre l'homme qui se cogne au coin d'une table, emportant dans son imper le ticket volant glissé sous un rond de bière.

A la terrasse des cafés, il n'y a rien de plus beau que d'être immobile tandis que tout autour s'anime. Une résistance au temps qui nous embarque. Un arrêt au stand de cette course bien trop rapide.

Pour laquelle le drapeau de fin n'est pas prêt de s'agiter.

 

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28 mars 2006

Vive la morale

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"Le mépris est une chose grave qui ne peut être que l'oeuvre d'un salaud".

A méditer pour aujourd'hui. Et pour les jours qui suivent.

 

Promis, le prochain post sera plus drôle.

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24 mars 2006

Départ

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Mon chat me fascine.

Chaque fois qu'une valise est exhumée d'un placard, poussiéreuse et déformée, Louloutte sent le danger. Il suffit parfois de peu pour que la boîte à chat soit de retour, et la panique la gagne. Elle se carapate alors sous le canapé massif, en son centre de gravité, qui est également l'endroit le plus difficile à atteindre pour moi. Que l'envie me prenne de bouger ce meuble ne change rien, le chat se déplace au fur et à mesure, jusqu'à ce qu'une planque plus sécurisée soit à hauteur de ses grandes enjambées.

Lundi, la valise était neuve, sans a priori, sans boîte à chat non plus. Un vrai leurre. Et le poisson a mordu.

Elle a reniflé la chose avec intérêt, se demandant comment elle pourrait lui servir, ce qui est à moi étant par définition d'abord à elle. Elle s'est gratté le menton, a tenté d'ouvrir les poches avec ses griffes, y a laissé quelques traces d'une imminente appropriation de l'objet.

Il s'est alors produit quelque chose. Un déclic. Une pensée de chat soudaine et furtive. Elle s'est arrêtée, m'a regardée en dressant ses oreilles, leur faisant faire un tour sauvage de 360°, puis s'est sauvée. Elle a stoppé net à la frontière du canapé, se demandant à quel voyage cette valise pouvait faire référence.

Parce qu'un voyage est bien dans l'air.

Elle est alors retournée vers l'ennemi, en a pris le contrôle, et n'en a pas bougé de la journée, préférant renoncer à la pâtée plutôt que de rater le départ.

Le panier à chat est à côté et inutile.

Je pars bientôt. Elle ne bouge pas. Vit sur cette valise tant que mes yeux sont ouverts, puis vient me rejoindre lorsqu'ils sont bien fermés.

A chaque départ, le lien se renforce, incroyablement puissant et inéluctable. Le temps passera vite, elle sera traitée en reine en mon absence, elle sera aimée comme chez moi. Elle me fera une tronche de chat mal luné à mon retour, refusera de venir me sentir, au point qu'il faudra que je déplace lit ou armoire pour la récupérer.

J'ai tellement hâte.

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18 mars 2006

Eloge de l'inutile

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Cet objet a atterri sur mon bureau un matin. Un cadeau. Visiblement.

Au début, j’ai pris ça pour une mouche. Un insecte un peu bizarre, en plastique, la représentation d’un truc évident. Dont le sens pour un vendredi matin de semaine lourde m’échappait complètement.

Un cadeau sans explication ni mode d’emploi. Déposé pendant la nuit sur toutes les tables. Un cadeau urgent, devant nécessairement prendre tout son sens à cet instant précis parce qu’il ne pouvait attendre davantage.

J’ai tourné la bête sous toutes ses coutures. N’y ai vu qu’un clip sur son ventre. Avec la mention « breveté ». Un type quelque part dans ce monde a ainsi passé des heures de son temps à inventer une chose pareille. Et dont la trouvaille a été saisie par le monde stupide et carnivore du marketing qui envahit nos vies jusque dans le cadeau inutile. Petits saligauds de Sup’ de Co’!

A tout hasard, j’appuie sur la tête de l’insecte, espérant peut-être qu’il sortira un son, une instruction, un indice. Son corps s’ouvre, une partie se soulève, l’intérieur n’est pas creux, il est recouvert d’un revêtement de mousse, façon tapis de sport. Je suis perplexe.

Je décide d’attendre l’arrivée de mes collègues, qui les uns après les autres affichent leur scepticisme, leur doute, leur amusement. Les idées fusent. Un trombone géant? Un porte-clé? Un distributeur de cartes professionnelles? Un objet déco pour bureau morne et poussiéreux? Un clip de ceinture qui retiendrait le bout qui dépasse?

Notre univers est celui des innovations produits, du marketing, nous venons presque tous de ces fameuses usines à requins profiteurs et imbéciles. Malgré cela, le sens nous échappe.

Une fois l’équipe au complet, personne n’a trouvé à quoi servait cet objet. A peine avons identifié l’expéditeur. Il faudra attendre l’après-midi et beaucoup d’hésitations pour appeler ce généreux donateur. Notre siège américain.

Nous sommes confus de poser la question mais on se lance.

Silence au bout du fil. L’évidence est dans ce silence. Suivi d’un éclat de rire.

Voilà à quoi sert cet insecte.

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Ceci reste un machin sans nom. Qui sert à porter ses lunettes à la ceinture.

Aujourd’hui je n’arrive pas à savoir ce qui me fait sourire. L’incongruité de cette invention qui rend le nez démodé sans permettre pour autant de mieux voir. Ou le fait de me dire qu’une partie de ce monde peut s’offrir le luxe d’inventer à ce point de l’inutile.

Pendant que d’autres n’ont pas de quoi survivre.

 

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15 mars 2006

Appel aux blagues de rousses

 

Changer de coiffeur est aussi risqué que de traverser une autoroute. Changer de coiffeur, c’est faire un pari. Celui de se dire que si tout rate, ce n’est pas la fin du monde. Ou presque.

La première fois, c’était il y a presque quinze ans (merci à cette phrase d‘être venue plomber ma journée, car il y a quinze ans, je n‘avais même plus de couches, je savais lire, compter, et même répondre aux profs, bref, le temps se rappelle à nous avec une insolence efficace et totalement déroutante). La vraie mauvaise idée. Celle qui vous traverse et s’arrête dans la région « décision impulsive irréfléchie et sans retour possible » du cerveau. L’énorme boulette.

A l’époque je voulais juste des cheveux courts, pour mettre fin à l’éternelle natte de mon enfance. Comme un rite de passage. Des cheveux à la garçonne pour avoir l’air d’une fille rebelle. En jeans, baskets, et tout. Mais de bonnes notes à l’école.

En grande ado que j’étais, je sympathise avec la coiffeuse, une petite brune dont je me souviens encore, avec un piercing dans la lèvre, un chewing gum élastique au possible capable de s‘enrouler autour des dents, de la langue et du clou sans le moindre effort. Avec sur son crâne intelligent, la coupe de cheveux de mes rêves. Raides, carré court, en pagaille. Je bois ses paroles, je voudrais être comme elle.

Visiblement, nous ne nous sommes pas bien comprises. Je suis sortie bouclée, très court, et totalement ridicule. Deux chouquettes au dessus des oreilles. Le reste plat, le tout collant, brillant et incroyablement rigide. Du crin de cheval en barre servi avec une raie au milieu irreversible. Ce jour-là, Coluche a ressuscité. Dans mes cheveux. Et sans humour.

Changer de coiffeur m’a valu une crise de rire incontrôlable de la part du monsieur pas très cool assis en face de moi dans le métro, un hurlement de surprise suivi d’une autre crise de rire de ma mère en ouvrant la porte. Suivi d’une quinzaine de shampooings inefficaces et d’une peur panique de retourner au bahut.

Suite à cette expérience, j’ai passé quelques années chez la même. Une qui avait compris ma détresse et qui m’arnaquait trente euros en ne me coupant rien.

Changer de coiffeur aujourd’hui fut un défi difficile. Avec le recul, je dirais même une occasion ratée de rester fidèle.

Après m‘être faite traitée de « petite tête à maxillaire large nécessitant d’urgence autre chose qu‘une coupe casque à couleur uniforme et fadasse », je ne suis pas sortie bouclée. Mais blonde. C’est pire.

 

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14 mars 2006

L'arbre en fleurs

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Les rêves sont des feuilles d’arbre qui naissent de votre sève et de quelques larmes. Ils poussent lentement, à la fois fragiles et robustes, bien ancrés dans le bras qui les porte. Ils sont à la merci de tous, du vent, des oiseaux, de l’orage ou de la grêle, et pourtant ils résistent. Ils continuent de grandir sans que l’on puisse vraiment suivre leur croissance au millimètre près, on se rend simplement compte un matin qu’ils ne sont plus une pousse mais une belle feuille.

Les rêves sont des feuilles d’arbre qui grandissent ensemble, se nourrissent l’un et l’autre pour embellir une vie. Jusqu’au jour où l’on se retourne vers ce géant garni de fleurs, comme autant de projets aboutis. On se dit alors que l’on a eu raison, que cet arbre est bien à soi parce qu’il nous ressemble.

Mais les rêves ne font pas d’ombre. Comme le soleil qui m’accompagnera au parc de la Pendjari en mission humanitaire.

Ce rêve a une date. Ce sera juin.

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09 mars 2006

Coeur à prendre

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Les mots sont forts, violents, ils vous entraînent dans toutes les humeurs, de la plus sombre à la plus éblouissante, ils vous écrasent, vous portent, vous tuent ou vous raniment. Parfois ils passent cent fois sous vos yeux, puis il suffit d’une fois de plus pour qu’ils deviennent inacceptables, pour qu’ils vous heurtent de plein fouet et vous ramène à la conscience. Les mots peuvent changer une vie comme ils peuvent la casser, quoi qu’il en soit, ils ramènent à l’essentiel, toujours.

Hier, sur l’autoroute, j’aperçois dans mon rétroviseur des gyrophares bleus lointains qui se rapprochent à toute allure. Ils sont peut-être deux, ou trois, portés par une vitesse indécente. Je m’arrête de chanter, fascinée par la rapidité avec laquelle ces lumières me rejoignent, en oubliant presque de regarder ce qui est devant moi, infiniment plus dangereux et brusque.

Deux motards de la gendarmerie arrivent à ma hauteur, ils me font signe, je ne sais si c’est pour me remercier d‘avoir fait de la place (version humaniste optimiste) ou si j’ai commis une infraction (à l’insu de mon plein gré, version pessimiste). Le temps de trouver une excuse passe-partout et de me résigner à l’acceptation des faits sans condition, je réalise que les motards sont des escortes, et qu’une voiture les suit. Blanche. Elle me double. Sur chacune de ses faces, deux mots en lettres rouges.

Urgence, greffon.

Sur cette autoroute de tous les dangers se presse la vie, fragile, immense, douloureuse et mortelle, en une fraction de seconde se dresse l’histoire. Dans cette voiture se trouve un organe qui s’apprête à changer de corps de toute urgence. Sur cette autoroute, à cet instant, lui permettre d’arriver est la seule chose qui compte. Tandis qu’une famille pleure un deuil sur lequel seul le temps aura de l’emprise, l’organe doit aller vite s’il veut revivre. Le corps se disloque, pendant qu’un malade en sursis reçoit un appel qui lui ordonne d’être prêt à une renaissance.

Certains sont incapables de la moindre générosité de leur vivant tant ils sont obsédés par l‘admiration qu‘ils ont d‘eux-mêmes et par celle que les autres leur portent. D’autres continuent d‘aimer dans la mort et font don de leur corps pour que d‘autres existent. On se sent tout à coup petit. Incroyablement vulnérable. Avec la possibilité pour chacun d’entre nous d’être un jour en début ou fin de cette même chaîne.

Tandis que la voiture blanche aux gyrophares s’éloigne et me laisse avec un silence difficile, je réalise qu’il y a dix ans j‘avais fait une demande de carte de donneur. Elle est cornée, sale et déchirée, mais elle est toujours là, au fond de mon sac. Je n’y ai jamais vraiment pensé, probablement parce que je n’ai jamais compris ce que cet engagement signifiait.

J’ai vu cette carte passer cent fois sous mes yeux. Il m’aura fallu dix ans et deux mots pour enfin prendre la mesure de ce que tout cela voulait dire. J’ai désormais la certitude de vouloir être de ceux-là.

Si un jour mon cœur sert à un autre, je ne serai plus là, mais je serai fière.

http://www.france-adot.org/

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07 mars 2006

Chaos

Le sol commence par s’affaisser, le robinet est à hauteur du parquet. Dans mon salon.

Les murs se fissurent à grande allure tandis que mes meubles se plient, les tableaux s’écroulent à angle droit puis disparaissent. L’étagère du fond tient toujours, les livres tombent un à un dans un silence de plomb.

Dans ma chambre, tout est intact, le chat dort, paisible, tandis que face à lui et dans ses rêves, les oiseaux passent comme des anges, au milieu de cet immense chaos.

Je ne sais pas par où commencer, ce qu’il faut que je sauve sinon moi-même et l’animal tranquille. Je commence par tirer une valise poussiéreuse planquée sous le lit, cette valise pèse un âne mort. J’emballe quelques affaires pendant que de ma fenêtre, je sens le sol qui se rapproche. Les minutes sont comptées avant l’effondrement. Mes factures, mes impôts, mon matériel photo, tout ne peut rentrer, il faut faire des choix. Tout balancer par la fenêtre et récupérer ma vie en bas, si personne ne l’a volée d’ici là. Ou peut-être appeler les pompiers.

J’entends la voisine qui râle, la retrouve dans mon salon, armée d’un marteau, elle bricole, je ne sais pas vraiment quoi, je lui dis d’arrêter puisqu’elle est arrivée chez moi. Elle se retourne, avec un œil au beurre noir et une série de dents cassées.

Puis mon ventre gonfle, en quelques secondes je suis enceinte. Un ventre énorme, rond comme une grosse goutte qui s’étire vers le bas. Ma mère me demande comment je vais faire. Je la rassure, je n’en attends que dix, et qu’avant de sortir ils seront bien rangés. Par taille et par couleur.

Dans un dernier geste, je pose la main sur ce bidon étonnamment fécond.

Une boule de poils se positionne pour un câlin matinal. Je me réveille d’un mauvais rêve.

 

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06 mars 2006

Where is the cat?

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Désolée pour cette affreuse balafre au milieu de cette photo, mais certains de mes clichés ont été volés par des internautes peu scrupuleux qui les ont mis sur leurs propres sites sans m'en informer.

Je n'empêcherai pas ces mauvaises manières, j'en suis simplement bien triste.

Surtout quand je découvre ma Louloutte en sucre sur un site satanique... (ne la mangez pas, elle n'a aucun goût de souris!)

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05 mars 2006

Duo de Nouilles - Le Ping Pong Pâtes

Leçon n°5: Pâtes Chicissimes Simplissimes

Pour le défi du mois, Manoue me propose une recette simple, efficace, délicieuse: Le Ping Pong Pâtes des Amoureux.

Tout commence par le traditionnel remous d'eau de pâtes avec cette fois, une conchighlie toute légère (la seule du repas) qui fait la planche, pendant que les autres font un concours de plongée. Faute d'avoir passé la période Saint Valentin et son lot de pâtes en coeur, je me rabats sur ce que je trouve au Monoprix. Oui, même sans coeur, la recette marche aussi!

   

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Une fois les pâtes cuites, on rajoute la crème frâiche, puis la rondelle de foie gras. La grippe aviaire? Connais pas. Rassurons-nous, notre corps a déjà stocké les germes de vache folle et de grippe du poulet, alors une bactérie de plus ou de moins...

Et puis face à un plat aussi diététique, succulent et beau à regarder, nous aurions tort de nous en priver.

   

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Le foie gras chic qui se mèle aux pâtes du quotidien. Je n'y aurais pas pensé. De quoi transformer les pâtes en plaisir de grande occasion.

Merci Manoue!

 

Posté par emmanuelle2202 à 14:09 - Ping-Pong-Pâtes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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