Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

28 avril 2006

A tous ceux qui nagent dans le bonheur

 

Quelques chiffres qui donnent le vertige.

6 milliards d'individus sur Terre.

1 milliard n'a pas accès à l'eau potable.

750 millions ne mangent pas à leur faim.

50 millions ont le Sida.

3 millions meurent du palludisme, pour lequel un traitement existe.

   

PIB du Cameroun: 17 milliards de dollars

PIB du Botswana: 8 milliards de dollars

Richesse personnelle du Sultan de Brunei: 38 milliards de dollars

   

Dette extérieure des pays les moins développés: 150 milliards de dollars

Valeur totale estimée des actions, obligations, valeurs et autres actifs mondiaux circulant en Bourse: 50 trillions de dollars

 

La bonne nouvelle, c'est que dans 30 ans, au rythme où l'on va, le réchauffement de la planète sera exponentiel et irréversible.

Voilà bien un problème qui nous tuera tous.

(sauf bien sûr pour les 500 milliardaires qui auront accès à la Lune en fusée privée)

 

www.planete-urgence.org

 

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26 avril 2006

Enfance

   

Recevoir le premier vrai dessin d’un enfant que l’on aime est un cadeau magnifique. Une petite tape dans le cou qui vous rappelle que toutes ces années sont bien révolues et que le temps où vos doigts étaient couverts de couleurs est vraiment loin. Mais tellement plus encore.

Recevoir le dessin d’un enfant que l’on aime est une bouffée d’air, un signe imparable que l’avenir sera beau, quel qu’il soit. Les traits maladroits, les bavures, et bonhommes difformes sont là pour vous le dire, rien que de les voir remue tout cet amour que l’on porte et qui ne faiblira pas. L’enfant qui en est l’auteur peut bien devenir ce qu’il veut, vous serez fier de lui, toujours.    

Etre ému de ce dessin, porteur d’une innocence inégalée et d’une naïveté fragile, c’est recevoir en pleine figure la conviction que cet amour est grand, c’est sentir la main de cet enfant dans la vôtre et savoir que même à distance, le lien sera là. Infaillible et incroyablement généreux. C’est comprendre que le chemin est encore long pour lui mais que vous serez là, autant de fois que cela sera nécessaire, pour le porter dans ses projets et l’aider à s’accomplir, sans être un poids. Etre heureux de ce qu’il est, sans jugement, sans a priori. C’est mettre hors de portée toute mesquinerie possible. Que l’on soit ou non d’accord avec ses choix.

       

Recevoir le dessin d’un enfant est un cadeau magnifique. Une preuve qu’il ne faut pas grand’ chose pour afficher un sourire.    

Juste un bonhomme en patate qui ouvre les bras. 

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24 avril 2006

Photo du jour

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Les chats sont des acrobates, capables de dormir la colonne en 8 et la tête à l'envers.

Tandis que certains humains couchés comme des quilles gardent les yeux grands ouverts dans l'attente du marchand de sable.

   

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21 avril 2006

Pourquoi l'hiver paraît trop long (et l'été mal barré)

Episode 3/3: L'épreuve du "tartinage"

 

 

Fin de l’épisode shopping, je finis par me décider. Je coince la boite jaune pétant entre ma salade et mes quatre plaquettes de Poulain Amour de Lait (il se fait si rare que même une opération « anti-lipides » ne fait pas le poids), j’essaye de vider mon panier discrètement sur le tapis roulant, histoire de ne pas casser immédiatement l’image glamour que se fait sans doute de moi le beau gosse qui me suit dans la file (dont le caddie est chargé de chips, et qui flotte dans son jean, c’est injuste, vraiment).

Comme toujours dans ces cas là, la caissière vous hurle en brandissant l’article que si vous en achetez deux, une remise de 20 centimes vous sera faite. La question piège. A laquelle il faut accepter de passer à côté de l’offre du siècle pour sauver l’honneur. Deux pots, dans la tête du sex-symbol derrière moi que je ne reverrai jamais, ça veut dire « cas très grave ». On oublie. « Nan, nan, c’est bon. Je n’en n’ai pas besoin ». Affreuse menteuse. Couleur coquelicot. En bien plus rouge. A quoi vient s’ajouter le sac Monop’ transparent qui ira dire à tous les habitants du quartier qu’en effet, la situation est critique.

Je rentre chez moi, dévisse le pot miracle, réalise en plus que j’ai gagné un roll-on, me voilà bien. Il est ridiculement petit. A croire qu’il est de poche pour les accidents en pleine journée (comprendre en cas de dérapage pour un mini-Lion, enfin, pour trois ou quatre, puisqu’ils viennent de changer la formule, en rajoutant trois petites couches de crème entre les gaufrettes, c’est à se damner, ce qui explique une nécessaire reprise de contrôle de la situation par un petit tour au toilettes pour un « tartinage » compulsif sur les hanches, les cuisses et tout endroit suspect où le mini-Lion pourrait se planquer).

J’appuie sur le tube, la moitié du liquide me coule entre les mains, atterrissant sur Louloutte qui se tire en miaulant (elle qui se fiche éperdument de son bidon de graisse qui se balance au rythme de ses pas, puisqu’à peine sur le balcon, le matou d’en face lui fait tout son cirque).

J’applique en massages circulaires, comme sur la notice. Je masse, je pétris, je remasse, trouve le temps long, me penche sur la cuisse gauche archi-massée, réalise qu’il y a de la mousse, un truc pas prévu qui va mettre des heures à s’absorber. Comme dirait une copine, si ça mousse, c’est que ça marche. Son explication est nulle, mais c’est une bonne copine alors j’achète.

Je laisse tomber le côté gauche, m’attaque au droit, ça fait un quart d’heure que j’y suis. A renouveler deux fois par jour. Soit trente minutes. Soit le temps d’un cours d’abdos fessiers au club de gym.

Puis tout se met à chauffer. Le deuxième effet Kiss Kool. Au début, je sens que ça pique, puis brûle. Me voilà bonne pour une allergie. Je saute sous la douche.

C’est foutu.

Voilà bien une lâcheté dont une tartine de Nutella serait incapable.

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19 avril 2006

Pourquoi l'hiver paraît trop long (et l'été mal barré)

Episode 2/3: Un kilo d'espoir ou un kilo de Nutella, c'est quoi le mieux?

 

 

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Je suis face au rayon, perplexe. Parce qu’ils ont fait ça bien. A chaque cas, son remède. Il y a tellement de cas que je suis forcément un de ceux-là. Tout est prévu : les remèdes aux excès occasionnels, contre la cellulite débutante à aggravée (installée, quasi-définitive, excessive, récalcitrante, tous les mots alarmants ont été inventés pour elle), contre la rétention d’eau minime ou extrême, contre les jambes lourdes, contre les zones rebelles et ciblées, contre le corps qui part en vrille de tous les côtés. Puis au cas où votre problème ne rentre pas dans ces cases, le soin ultime : l’amincissant fin d’hiver.

C’est imparable. A moins d’avoir passé l’hiver à Tahiti (auquel cas ce rayon est inutile puisque c’est celui anti- peau qui pèle dont on a besoin), nous avons tous traversé l’hiver. Soupes à la patate, pâtes réconfortantes pour oublier qu’il ne fait jour qu’entre midi et deux heures, chocolat pour les longues soirées au coin de la télé. Pas besoin d’essayer son jean taille 36 acheté exprès pour l’hiver 2029 qui sera tellement rude qu’on aura tous perdu 20 kilos, si je l’essaie ou tout éclate ou tout déborde. Inutile de tenter l’impossible, donc.

Je ferme les yeux sur les reliquats de dictature de la femme poupée, rien n’est prévu pour les bourrelets des hommes, c’est ignoble. « Mais un homme dodu, ça a son charme » comme me dirait la para-pharmacienne d’en face à qui je faisais la remarque un jour, et qui a failli se prendre une claque pour sa remarque stupide. Les poignées d’amour d’un homme ne sont pas plus sexy que celles d’une femme. Parce qu’elles sont poilues. Ca ne se discute pas.

Bref, vu le temps qu’il a fallu à l’Oréal pour comprendre que les hommes aussi se lavent les cheveux, et à Narta qu’ils ont autant besoin que nous de déodorants, les soins anti-boudins pour nos amis les mâles ne verront sans doute pas le jour avant l’été 2030 (lorsque nous aurons enfin un physique de rêve). Dommage pour eux (et pour nous).

Mon dilemme ne se règle pas pour autant. Etant donné la longueur du rayon et l’ensemble d’étiquettes jaunes « promo » pour ces produits, je n’ai plus le choix. Reste à choisir lequel est fait pour moi. Le moins cher, c’est évident. Et encore, à douze euros les cent millilitres, on n’a qu’une seule envie. Replonger dans deux pots de Nutella. Même à trois euros le pot d'un kilo, il reste six euros pour sept kilos de poireaux. Tu parles d’un choix.

 

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18 avril 2006

Pourquoi l'hiver paraît trop long (et l'été mal barré)

Episode 1/3 - La gourmandise est un défaut qui ne se corrige pas

 

 

Mon lundi de Pâques a commencé dignement, sur le canapé, une boîte de Ferrero sur les genoux. Tranquille, peinarde, occupée à croquer dans le croustillant pour atteindre le cœur en Nutella. Du bonheur sous papier doré idéal pour un des rares lundis inventés pour buller. Un programme simple, mais terriblement jouissif.

La petite voix de la conscience qui s’était tue jusque là me rappelle que le réfrigérateur est vide, et que si mon estomac se satisfait pour l’instant de mon festin chocolaté, il ne pourra vivre cent ans de noisettes au Nutella (rien que dix ans serait même très optimiste, à moins que l’on accepte une vie faite de poignées d’amour qui dégoulinent du canapé).

Je me lève, sentant par la même occasion mon centre de gravité s’alourdir à vue d’œil, puis pars au Monop’, le magasin qui fait bosser les caissières sans relâche, jour férié ou pas. On se dit que l’on va être seul, mais bien sûr, tout le monde se dit ça, et à midi tapantes, tout le quartier se retrouve au Monoprix. C’est à croire que tout le monde s’ennuie un lundi de Pâques, ou bien cherche une rallonge en chocolat pour terminer le week-end.

Je parie sur une promotion express et immanquable de Ferrero, me dirige vers le coin encore hier plein de ces douceurs. Puis c’est le choc. Seul un loup de la grande distribution est capable d’un tel machiavélisme. Ils ont osé.

En lieu et place des œufs de Pâques, la collection été des amincissants. Anti-bouboule, anti-cellulite, anti-gras, anti-boudin. Anti toutes ces mauvaises choses dont on s’est bâfré la veille et le matin même. Ils sont odieux, mesquins, juste méchants. Ou terriblement opportunistes. Je les hais.

 

   

   

      

Quizz du jour: de quoi parle l'épisode 2?

* De mon retour les bras ballants pour un après-midi "que vais-je devenir?" sur le canapé mou

* De ma séance effrénée de gym suivie d'une récompense immédiate (mon poids avant effort en Kinder)

* D'un achat instantané de ces arnaques promettant un physique improbable et d'un tartinage compulsif (un pot en une fois pour oublier toutes les fois suivantes)

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16 avril 2006

Le fil du temps: une porte se ferme

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Dans le cœur, certaines portes restent entrouvertes un moment pour le jour improbable où un peu d’amour ou de lumière viendrait s’y faufiler et réchauffer les pièces humides et sombres qui cachent nos douleurs et que l’on prend soin d’ignorer pour ne pas s’arrêter de vivre.

Puis arrive l’instant où le courant d’air jusque là discret dépasse les limites et se fait trop fort. La porte se replie en grinçant puis se ferme dans un ultime claquement.

Ce jour-là, il n’y a plus rien à attendre du verrou qui vient de s’abattre. Au milieu du silence demeure seule la gratitude d’avoir pu clore la chambre de Barbe Bleue pour l’éternité qu’il nous reste.

Il n’y a rien de triste dans une porte qui se ferme. Puisque tout le reste est inondé de soleil.

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13 avril 2006

La philo des vaches

“Contented cows give better milk”

Les vaches satisfaites donnent du meilleur lait.

Certes.

Si ce sujet m’avait été posé au bac philo, j’aurais sans doute passé trois pages à définir la notion de satisfaction, puis je me serais penchée sur ce concept appliqué à la vache. Qu’est-ce qu’une vache satisfaite ? Comment reconnait-on une vache satisfaite d’une vache insatisfaite ? De quoi se satisfait une vache ? Le sait-on vraiment ? Une vache peut-elle, du fait de sa condition animale, se satisfaire elle-même ? Etc, etc.

Il est évident que ma formation économique et mon expérience en statistiques auraient pris le dessus à un moment où à un autre. Comment se mesure la satisfaction d’une vache ? Que rapporte une vache satisfaite par rapport au coût nécessaire à la mise en place d’un processus de satisfaction de la vache ? Et enfin, une vache satisfaite autorise-t-elle une augmentation des prix du lait, yaourts et autres produits à base de vache heureuse ?

J’aurais alors sûrement terminé ma dissertation par une conclusion cartésienne et terre-à-terre sur le fait que scientifiquement il n’est pas prouvé que le lait d’une vache heureuse contienne plus de calcium et de vitamines qu’une vache frustrée.

« Contented cows give better milk » n’est pas le titre d’une nouvelle émission de téléréalité (la suite de La Ferme par exemple), mais celui d’un livre. Dont le sous-titre aurait pu être « … et les citrons bien pressés donnent plus de jus ».

Car ce livre est un manuel de management en entreprise.

Il est vraiment temps de se mettre au vert.

 

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10 avril 2006

Acouphènes

 

Mon voisin d’en face (celui qui m’a percé les tympans pendant trois mois et qui s’est fait haïr de l’immeuble avec ses travaux interminables) est un homme dont beaucoup de femmes rêvent. Le genre baraqué comme un frigo américain, grand, musclé, beau brun qui vous balancerait du « bonjour poupée » à tous les coins de rue. Mais qui faute de Madame dans son studio descend gentiment ses poubelles, trie les ordures et aspire son paillasson tous les dimanches.

Mon voisin a des horaires inhumains, finalement on se ressemble, il part à l’aube, à l’heure où je me lève, et revient à peu près aux mêmes heures que moi. Notre seule différence à cet instant est qu’il sifflote tandis que je m’époumone et sue à grimper mes trois étages à pieds.

L’autre jour, tandis que je crachais mon dernier souffle chargée d’une valise de trois tonnes, mes oreilles se hérissent, entraînant poils, cheveux, dents et tout le reste. Derrière sa porte, un crissement plus aigu que la plus haute octave jamais atteinte vient parasiter mes tympans en rémission. C’est pire qu’un cri de bébé, pire que ma voisine battue, pire que mon voisin chanteur, pire qu’une perceuse à percussion dans un mur bétonné, pire qu’une fraise dentaire épaisse et à sillons de la taille du pouce plantée dans une canine, pire que tout ça réuni.

Je suis sciée sur place. Le bruit s'enfuit violemment et sans prévenir dans un grave tout aussi désagréable, puis il s’arrête. Je sors mes clés doucement, dans la crainte qu’un seul cliquetis ne provoque son retour.

La porte s’ouvre brusquement. Il est tout sourire.

« Je joue du violoncelle ».

Voilà qui est vite dit.

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07 avril 2006

Pourquoi Louloutte aimerait être à ma place

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Et moi à la sienne.

Parce que si elle était moi, elle aurait tout le beefsteak et pas seulement les bouts de gras, elle ouvrirait le réfrigérateur et ferait son choix en laissant ses babines la guider, elle irait dans mon lit se lover entre les deux coussins et regarderait les oiseaux par la fenêtre en profitant de la chaleur, elle pourrait prendre des bains sans avoir peur de l’eau, et pourrait s’agiter le lasso à plumes pour ses jeux matinaux.

Et parce que si j’étais elle, ma condition de chat ne m’aurait pas permis de passer ces trente dernières heures sans fermer l’œil. Et j'aurais pû m'étaler sur ce moelleux jaune.

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