Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

31 mai 2006

Et quand je pense qu'ils ont sorti la version Bacon

Il n’y a rien de plus vicieux qu’un paquet de Curly, la cacahuète qui n’a pas la forme du fruit défendu mais qui est tout aussi criminelle. Pour les cuisses, on se comprend.

Tout commence par un passage dans le rayon des apéritifs, un détour forcé par une réorganisation du Monop’ (qui par les lois perverses du marketing chamboule volontairement la place de chaque chose pour éviter à ses clients la routine et les entraîner malgré eux sur des terrains pleins de pêchés). Je cherchais de l’eau plate, je me retrouve dans les chips, rayon que je ne fréquente plus depuis des siècles. Sauf ce jour-là où un paquet de Curly (édition familiale, forcément) me tend les bras amoureusement, avec ses deux milles calories la seconde et le micro-gramme.

C’est injuste parce que la loi de la nature met le sachet directement dans mon panier, je n’ai même pas le temps de protester. J’ai une copine à la maison ce soir. Ce sera pour elle. Bien sûr.

Une fois chez moi, je déballe carottes, concombres et jambon dégraissé, les fameux Curly qui font tache dans le paysage. Le téléphone sonne. Ma copine annule, elle avait oublié. De la même manière qu’elle a oublié le code de sa porte et l’endroit où sont ses clés. Madame rentre de Bangkok avec sept nouvelles paires de chaussures mais plus de place pour tout le reste.

Pas grave, on reporte à demain.

Me voilà bien seule, avec mes carottes et mes Curly. Mon estomac prend le dessus, comme souvent dans les grands moments de solitude, et défait le paquet. Je suis Eve à qui on vient de tendre un jus de pommes en lui promettant que ce n'est pas une pomme.

La bonne odeur de gras me retourne les narines. Ca sent l’arachide. Et je picore. Tranquillement mais sûrement, allume la télé, me plante devant une ânerie à la hauteur de mon geste machinal.

Tout aussi tranquillement, je termine le paquet quelques heures plus tard. Je suis un Curly géant qui transpire la cacahuète.

La honte.

 

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29 mai 2006

Photo du jour

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Ceci n'est pas une main poilue.

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23 mai 2006

Photo du jour

La gym du chat

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Louloutte est souple comme un élastique. Elle peut bien rester un quart d'heure dans cette position sans ressentir le moindre fourmillement dans les pattes.

Tel chat, tel maître. Certainement pas. En tout cas, pas dans ce domaine.

 

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21 mai 2006

Almodovar est beau

 

Je ne sais pas si Dieu est grand, mais Almodovar l’est bien plus encore.

Tout sur ma mère l’a érigé au plus haut dans mon cœur, Volver l’y maintiendra pour longtemps.

Le Da Vinci Code est controversé, Volver ne peut pas l’être.

Ce film est un film de femmes fortes. Comme toujours. Des femmes qui portent en elles toutes les responsabilités que le monde a laissé tomber sur leurs épaules frêles. Rien ne les épargne, ni la mort, ni l’inceste, ni la maladie. Mais sans cesse, elles continuent de se battre, sans jamais renoncer, tout en étant entraînées malgré elles dans des scénarios de répétition implacables qu’elles se transmettent de mère en fille.

Ces femmes  sont des battantes, dont le moteur est une incroyable énergie de vie, qu’elles s’échangent par de nombreuses embrassades charnelles. Trois bises bruyantes sur la joue données avec la générosité non calculée des mères et la bonté de celles qui savent tout ce qu’il faut pour affronter le pire.

Les hommes sont minables, comme souvent dans le cinéma d’Almodovar. Maris lâches, infidèles et paresseux. Pères irresponsables, irrespectueux et monstrueux. Ces hommes-là ne peuvent survivre, ils sont éliminés d’office, tandis que les épouses et filles réparent comme elles peuvent les blessures profondes laissées par autant d’immaturité. Il y a bien quelques gentils qui apparaissent en filigrane, mais les femmes d’Almodovar ne les voient pas tant ils ne font pas le poids face à une telle puissance de vie.

Alors les femmes conduisent des camionnettes, creusent la terre, portent des réfrigérateurs. Sans oublier de cuisiner, de chanter, de pleurer et de rire. En jupe et décolleté.

La mort est là, toujours. Mais Almodovar fait revenir ceux que l’on aime plus que tout. Parce que la pensée et l’amour peuvent faire des miracles face à l’inacceptable. Parce que l’on peut mourir demain sans avoir eu le temps de tout dire. Parce que ceux qui nous entourent peuvent partir sans que l’on ait pu leur demander pardon. Parce que ceux que l’on aime nous manqueront toujours, laissant un vide obsédant et irréversible. Les hommes, eux, dans ce film, ne reviennent pas pour s’excuser, tandis que les femmes ont encore tant d’énergie et d’amour qu’elles survivent à la mort. Le père peut bien mourir, on ne peut se passer de sa mère.

Volver se termine sur une question fondamentale. A la fois simple, évidente, et pourtant si lourde et sans solution. Une question qui touche en plein coeur et laisse les larmes au bord des yeux. Larmes que l’on garde pour plus tard. Une fois chez soi, en repensant à cette histoire.

Un jour, j’aimerais qu’Almodovar fasse un film d’hommes à la hauteur. Je sais qu’ils existent. Maris solides, courageux et sensibles. Pères responsables, protecteurs et respectueux. Il en ferait des héros magnifiques et exemplaires.

Pour qu’enfin les femmes d’Almodovar puissent être un peu plus sereines.

 

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18 mai 2006

La revanche des crocos

 

« Ah ! Les crocroco, les crocroco, les crocodiles… »

Voilà l’air qui me trotte depuis quelques jours dans la tête.

Mon départ pour l'Afrique probablement.

Après avoir rêvé de scorpions planqués dans mes chaussures, et de boas glissant sous ma couette, les crocos hantent mes nuits. Pour le moment, ils sont plutôt amicaux, ils ouvrent juste leur grande bouche pleine de dents, ils baillent, sans doute. Je les vois de loin et entre eux et moi coule une rivière, paisible, mais dans laquelle un seul de mes doigts de pieds trempé ne survivrait pas, c’est évident.

Je pars au service d’un laboratoire d’écologie appliquée qui s’occupe de la préservation de la faune du Bénin. Ils souhaitent que je photographie autant d’animaux que possible.

« Avec une attention toute particulière pour les crocodiles ».

Hein ?

Je me demande bien ce que cette attention particulière signifie. Que je leur serve de pitance avant la saison des pluies, que je leur photographie les narines en gros plan, ou bien la dent du fond, que je vérifie l’existence d’une luette, que j’étudie leur procédé de dégustation d’éléphant (je suis sûre qu’ils en sont capables). Mystère.

Mais au moins, un crocodile ne rentre pas dans une paire de pompes, ne grimpe pas sur le dos avec 8 pattes, ne rampe pas sous les draps (quoique…).

Il est juste de la couleur du sol, attendant patiemment son heure, avançant à pas feutrés, sans bruit, glissant élégamment sous l’eau tranquille de la rivière.

« Il est évident que ça grouille, mais il y aura une pirogue pour traverser la mare Bali. »

Le truc en bois qui se croque en moins de deux avec moi dedans, c’est bien ça ?

 

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16 mai 2006

Dernière minute

Ce fût long mais la justice s'est prononcée.

Son permis est suspendu pendant 6 mois, et il versera 10 euros d'amende par jour pendant 100 jours.

Voilà le tarif auquel on s'expose lorsque l'on prend la route pour une aire de jeux où les plus grands s'amusent à faire peur aux plus discrets. Un jeu à 120km/h, où le moindre faux pas ne se termine pas en roulade dans le sable mais ailleurs, sur une barrière de sécurité ou dans un tas de tôle.

Je ne suis pas satisfaite parce que j'aurais aimé qu'il ne joue jamais à ça. Mais s'il comprend désormais que c'est un jeu qui coûte cher, ce sera déjà ça de gagné.

http://emmanuelle2202.canalblog.com/archives/2005/07/21/669632.html

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15 mai 2006

Les faits, rien que les faits...

Photo du jour

Ne me dîtes pas après ça que mon chat ne se prend pas pour une star. A tous ceux qui en doutaient, en voilà bien une preuve supplémentaire.

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Nouvelles pompes, nouvelle boîte, et une Louloutte aux anges. Depuis le temps qu'elle n'avait plus rien de neuf à squatter...

A ce stade de notre relation, il était temps de faire un bilan. Résumons donc la situation...

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La question qui en découle est donc: "Mauvaise maîtresse, n'as tu donc pas prévu de coin special chat?"

Ce à quoi je réponds sans me démonter...

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(Notez au passage que ces coins spécial Louloutte, qu'il ne me viendrait jamais à l'idée de squatter sous peine de devenir folle, sont vides de chat.)

Mais alors, lui arrive-t-il de se prendre pour un vrai chat à sa mémère dans son panier?

Oui, les jours où j'invite mes amis à la maison.   

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Comédienne, Louloutte?

Si peu...

   

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12 mai 2006

Un sourire pour vendredi

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Photo empruntée à son auteur dont je ne connais pas le nom...

   

On pense ce que l'on veut de la Nouvelle Star. Moi, personnellement, je m'en fous.

Mais André Manoukian me plaît. Son humour décalé et inattendu efface tous les nuages qui planent.

Quelques perles pour finir la semaine sur un sourire.

   

Je vous imagine en train de chanter sur une barricade au XIXème siècle dans Paris assiégé, avec un air triste comme ça... C'est limite une punition, je vous jure!

Vous avez un gros défaut technique : Vous avez un vibrato de chèvre !

Si jamais vous croisez quelqu'un de dépressif sur votre chemin, ne chantez pas, il pourrait se tirer une balle.

Chez vous, il y a un côté hamster jovial.

Toi, t'es une sorte de crooner rocker cosmique.

On fait chanter des grenouilles, des tortues, bientôt des spermatozoides, mais vous, je n'ai pas envie de vous entendre continuer...

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11 mai 2006

11 mai

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http://emmanuelle2202.canalblog.com/archives/2005/05/11/493254.html

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09 mai 2006

Chronique de la misère quotidienne

 

Il est entré dans le bus, pas très à l’aise, avec de toute évidence des kilos de peine sur le dos, il s’est avancé en titubant, avec aussi peut-être un petit coup dans le nez, et les voyageurs sur son passage se sont écartés.

Il a demandé une place. Poliment. « Parce que j’ai 56 ans ». Hésitant, à peine convaincant. Un homme s’est levé, probablement poussé par la peur sourde que celui qui lui faisait face soit pris de spasmes violents, incontrôlables et impulsifs.    

Il s’est assis, puis s’est mis à parler à un acolyte anonyme et invisible. Il lui a expliqué qu’il n’en pouvait plus, qu’il ne savait plus quoi faire, et qu’il était fatigué de poursuivre.

Son voisin s’est levé en se pinçant le nez d'un geste thêatral, s’est déplacé au fond du bus, tandis que sa voisine se levait elle aussi, pour descendre. Une station plus tôt que prévu, peut-être.

Et l’homme s’est mis à pleurer. En séchant ses larmes avec son pull sale.   

Quelques minutes plus tard, il a parlé plus fort. « Tant pis, je n’en peux plus, et je n’ai pas le choix. »    

« Mesdames, Messieurs, je m’appelle Charlie. Je suis désolé, mais aidez-moi. Parce que j’ai faim ».    

Un homme vous regarde en pleurant et vous dit qu’il a faim.    

A cet instant, toutes les justifications que les gens qui ne donnent rien se donnent à eux-mêmes (« on ne peut pas aider tout le monde », « comment savoir si c’est vrai ») ne tiennent pas la route.  

Cette misère ressemble à beaucoup d’autres, mais celle-là touche en plein coeur. Parce que demain, votre vie peut ressembler à la sienne. Cet homme à quelques mètres de vous est là pour vous dire à quel point la frontière est fragile. Et qu’il est impossible de douter d’une détresse aussi immense.  

Je lui ai donné ma monnaie. Un euro peut-être (celui que je dois à l’Etat). Un geste en appelant un autre, mon voisin lui a glissé quelques pièces.   

Il a dit merci. Puis a continué son monologue, sans pouvoir arrêter les larmes qui coulaient sur son visage bouffi de fatigue et de tout le reste.    

« Accroche-toi Charlie. La vie est belle. Sévère mais belle. J’ai tellement faim. » 

Il a appuyé sur le signal d’arrêt.   

Avant de descendre, il s’est tourné vers moi. « Merci, Madame. Je suis un vrai gentil, vous savez, et je vous respecte ».

Silence. 

Forcément.

 

Posté par emmanuelle2202 à 20:35 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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