13 octobre 2005
Accouche et tais-toi!
Katie Holmes sort avec Tom Cruise. Jusque là on s’en moque éperdument.
Katie Holmes et Tom Cruise vont se marier. Ca fait six mois qu’on en parle, on se dit que depuis le temps, ils l’ont fait en secret à Las Vegas, mais peut-être pas, on lâche l’affaire. Moi, je croyais que Tom aimait les hommes après son histoire avec la grande rousse dont j’ai oublié le nom.
Katie Holmes et Tom Cruise attendent un enfant. Bizarrement, la presse, qui se délecte des histoires d’amour sordides entre des célébrités mariées qui se trompent à tout va, en conclut que le mariage est imminent. Du rétro dans le trash, c’est le début de la fin pour les Cruise.
Heureusement, l’Eglise de Scientologie est là.
Voilà que je lis ce matin sur mon site culte People de yahoo.fr que Katie Holmes devra accoucher dans le silence, selon le rituel de la Scientologie qui veut ainsi que les enfants soient sains d'esprit. Les deux enfants adoptifs de Tom Cruise sont déjà nés ainsi, puisque l'acteur avait exigé de leurs mères biologiques qu'elles accouchent dans le silence.
Dans cette affirmation, je ne sais pas ce qui me choque le plus. L’idée d’accoucher dans le silence, l’ordre de se taire intimé par un homme à une femme pendant qu’elle accouche, ou la croyance que des enfants puissent naître sains d’esprit dans une famille pareille.
On imagine la scène. Katie ressent ses premières contractions et perd les eaux. A cet instant, elle doit se la fermer. Pour les dix prochaines heures. Au moins. A cet instant, elle doit s’adresser en langage des signes. Elle saisit son crayon pour noter sur un papier qu’elle doit se rendre à l’hôpital et qu’il faut prévenir son homme. Une fois sur place, on lui demande comment elle se sent, mais elle n’a d’autre choix que celui d’agiter les pieds et les mains pour se faire comprendre. Pour finir par accoucher aux urgences psychiatriques d’un enfant sain d’esprit.
Huit heures de silence quand on a envie d’hurler, c’est long. Passer par la césarienne, c'est tricher. Il faut pousser et reprendre son souffle sans un bruit. Pendant que Tom surveille. Sinon, quoi ? Sinon, on expliquera à Bébé qu’il est dingue parce que sa mère a dit « aïe ». Que la pureté, c’est de se taire et d’obéir. Que Tom lui, au moins, n’a rien dit pendant tout ce temps.
J’espère que Katie, à défaut de vivre cette naissance de toutes ses tripes, aura au moins le réflexe de lui mettre une baffe.
09 septembre 2005
On est mal
En direct de l'AFP, voilà une vraie bonne mesure.
L'été sans cravate fait économiser 70 millions de kW/heure au Japon
TOKYO (AFP) - La campagne officielle "Cool Biz", qui a incité les cadres japonais à tomber la cravate pendant l'été, a permis d'économiser 70 millions de kilowatts/heure d'électricité et de réduire de 27.000 tonnes les rejets polluants, a annoncé vendredi l'opérateur Tepco (Tokyo Electric Power).
Pendant l'été, tous les membres du gouvernement nippon, le Premier ministre Junichiro Koizumi en tête, sont apparus en public sans cravate et en chemises légères afin de montrer l'exemple. Cette décontraction vestimentaire était censée permettre de réduire la climatisation à l'intérieur des immeubles, et de limiter ainsi les rejets de dioxyde de carbone dans l'atmosphère
Tout le monde en shorts et tongs au bureau pour limiter la climatisation. Prochainement, pour l'hiver, peaux de mammouth et après-ski pour économiser sur le chauffage.
Entre les Français qui s'apprêtent à devoir porter leur voiture sur leur dos pour éviter la surproduction de monoxyde de carbone, et les Japonais enroulés comme des sushis dans leurs couvertures face à leur ordinateur, j'ai l'impression de prendre conscience que notre bonne vieille Terre a intérêt à trouver une solution toute seule.
02 août 2005
Quand la Chine se prend la tête
Lire les dépêches de l’AFP réserve de belles surprises. Moi qui pensais vivre sur une planète ouverte d’esprit, pleine d’amour pour son prochain où chaque individu est respecté pour la splendeur de son unicité, je suis déçue.
JO-2008: décolletés et cheveux longs bannis dans la fonction publique chinoise
PEKIN (AFP) - Les décolletés féminins et les cheveux longs masculins doivent disparaître de la fonction publique à Pékin qui veut améliorer son image avant les jeux Olympiques en 2008, a annoncé mardi la presse officielle.
Cette mesure fait partie d'une série de directives prises par le gouvernement, visant à redorer le blason des fonctionnaires, a précisé l'agence Chine Nouvelle.
Les fonctionnaires qui n'obéiront pas à ces directives se verront interdire l'accès à leurs lieux de travail et ils seront pénalisés lors de l'évaluation annuelle de leurs performances. Selon Chine Nouvelle, l'image des fonctionnaires chinois est plus mauvaise que celles de leurs confrères occidentaux ou japonais.
La lecture de ce texte soulève une série de questions fondamentales :
- où commence le décolleté féminin ?
- où commence le cheveu long ?
- que fait-on des hommes poilus à décolleté masculin ?
Je suis en tout cas ravie d’apprendre qu’un cheveu long mâle nuit à la performance.
Morale de l’histoire : un cosmonaute imberbe est beaucoup plus utile qu’un nudiste mal rasé.
Pas sûr.
14 juin 2005
L'acquittement
Cet acquittement me laisse perplexe.
D’où que je prenne la question, je n’arrive pas à savoir s’il est juste. J’aimerais en être sûre, pour m’en réjouir, ou m’en offusquer. Pour le moment, j’en suis au stade du malaise. Avec cette interrogation depuis que le verdict est tombé : si Jackson était resté Jackson, le noir aux cheveux crépus et à la bouille arrondie de ses débuts, aurait-il eu le même jugement ? J'en doute.
Cet homme a souhaité devenir blanc et différent, désespérément, au point d’effacer le moindre trait de son visage d’origine, quitte à le remplacer par un masque dénaturé et effrayant, qui je suis sûre, ne reflète pas davantage ce qui se cache en lui.
Cette volonté de tuer l’enfant black qu’il a été, battu par son père et jalousé par ses frères, me paraît infiniment triste et douloureuse. D’autant plus triste que cet homme a inventé dans sa propriété de Neverland un pays magique dont tous les gamins rêvent, il s’y enferme, pour ne pas quitter cette bulle-là dont il est le seul artisan. S’éloigner de ce paradis, c’est revenir dans le monde adulte, violent, voyeur, fanatique, oppressant et terriblement exigeant.
Jackson a accueilli d’autres enfants, pour leur faire partager cet univers idéal, concrétisé sur quelques hectares. Je me demande s’il ne cherchait pas à vivre par procuration cet émerveillement qu’il doit saisir dans les yeux de ces invités, émerveillement qui lui a profondément manqué, et contre lequel il aurait volontiers échangé une célébrité bien trop étouffante pour un petit de cinq ans. Peut-être cherchait-il aussi à se faire des amis, ceux qu’il n’a pas connus dans les cours de récré, éloignés par le succès et un entourage surprotecteur. J’irais jusqu’à dire « des amis de son âge », tant je reste persuadée que cet homme refuse de grandir.
Ce passé douloureux ne l’excuse de rien, il peut expliquer. Cette envie désespérée de rattraper ce qui ne peut l’être. Une quête bien familière, sans issue réelle, sinon celle de reprendre le présent en cours de route, en se donnant les moyens d’apaiser cette tristesse à l’égard de ce qui est perdu et irrévocable.
J’espère que Jackson prendra cet acquittement comme une seconde chance, non comme une parenthèse. Qu’il aura l’intelligence de nettoyer ses placards pour y déloger les démons qui le suivent depuis si longtemps. Pour que son réel génie ne soit plus entravé par un comportement sordide.
Pour tenter de s’aimer un peu plus. A moins qu’en ouvrant les yeux, son visage massacré ne le tue pour de bon.
03 juin 2005
Piano Man
Il s’appelle Piano Man. Parce qu’un homme sans identité n’est pas un homme et qu’il fallait réparer d’urgence le défaut de mémoire pour ne pas qu’il perde son existence.
Depuis avril dernier, l’Angleterre s’exalte pour un individu retrouvé hagard, trempé jusqu’aux os, muet. Ses vêtements n’ont plus d’étiquette, ses chaussures ont perdu leur marque, et cet homme ne parle pas. Plongé dans le silence, il est incapable de dire comment il s’appelle, d’où il vient, et ne sait répondre à la moindre question, quelle que soit la langue dans laquelle on s’adresse à lui.
Jusqu’au jour où on lui tend une feuille, un crayon, en espérant que l’écriture le sauvera de la parole, et que cet homme anonyme, dont la disparition n’a ni de date, ni de cause, donnera quelques indices sur son identité. Face à cette quête obsessionnelle de coller un nom sur ce visage, cet homme-là dessine un piano. Au milieu d’une bulle. A l’extérieur, tout est rayé, et gris.
On le met face à l’instrument, l’homme trempé se transforme en virtuose, il vient de retrouver une façon bien à lui d’exister, le seul élément concret qui le rattache à sa vie passée. Depuis, il ne cesse de jouer, dialogue avec son piano tout en restant fermé au reste du monde.
Sa disparition n’a pas été signalée, les recherches n’ont rien donné, les examens médicaux ne le déclarent ni fou ni autiste, l'hypothèse d'un canular a été écartée.
Cet homme est simplement choqué par ce qu’il a vu et vécu, mais dont on ne sait rien. Seul Piano Man a la clef qui lui permettra d’ouvrir cette frontière qui entoure son piano. En espérant que la nature est bien faite, et qu’elle n’a pas effacé à jamais l’histoire que cet homme a composée depuis qu’il est né, et qu’elle lui donnera une chance de reconstruire ce pont si essentiel entre ce qu’il était et le talent qui donne un sens à sa vie.

