22 janvier 2006
Découverte musicale: Olivia Ruiz
Comme toujours, je suis tombée sur cet album (La femme-chocolat) par hasard, au cours de mes errances « fnacquestes » (ce n'est pas parce que l'on ne sait pas faire marcher un scanner que l'on n'a pas d'oreille).
Je ne savais pas que cette fille avait participé à la fameuse Star Ac’. Et je comprends pourquoi elle n’a pas gagné. Elle mérite bien mieux qu’une victoire au supermarché de la chanson.
Olivia Ruiz a une vraie personnalité, elle nous apporte une musique inédite qui ne ressemble à personne, des textes coupés comme des tranches de vie que l’on goûte avec gourmandise. Ses textes ont le réalisme et la légèreté de Bénabar, mais le résultat n’a rien à voir. On dirait qu’elle ne veut pas grandir, elle évoque de sa voix fluette de petite fille des choses graves avec la légèreté et la naïveté de l’enfance. Elle nous parle de mort, de non-dits, d’amour, des soucis de la vie et malgré tout c’est la joie de vivre qui reste.
Olivia Ruiz nous offre avec cet album un concentré original de bonne humeur. On en redemande.
Extraits de la Femme-Chocolat
Taille-moi les hanches à la hache
J’ai trop mangé de chocolat
Croque-moi la peau s’il te plaît
Croque-moi les os s’il le faut
C’est le temps des grandes métamorphoses (...)
Pétris-moi les hanches de baisers
Je deviens la femme-chocolat !
Laisse fondre mes hanches nutellasses
Le sang qui coule en moi, c’est du chocolat chaud
Un jour je vais m’envoler
A travers le ciel
A force de gonfler
28 novembre 2005
Découverte musicale
Le jazz a longtemps été pour moi une musique d’intellos, qui, pour être appréciée nécessitait de faire partie d’une élite. Une musique de surdoués pour improvisateurs branchés. Quelque chose d’inaccessible pour la grande rationnelle que je suis.
Je me souviendrai toute ma vie de mon premier concert de jazz, dans lequel je me suis retrouvée presque de force, dans la cave d’un restaurant. J’étais accompagnée de ces fameux bourgeois faussement intellectuels, pour qui le jazz ne s’apprécie que s’il part en vrille. En grand n’importe quoi pourvu que ce soit rythmé. Le tout réalisé dans une pièce sans fenêtre enfumée – pour que l’intello anarchiste en mal de révolution ait au moins l’impression de faire un truc interdit.
Jusqu’au jour où j’ai écouté Diana Krall. Un jazz enfin à ma portée. Plus évident, plus musical, moins capricieux ou aléatoire. Une musique avec un début et une fin. Une vraie mélodie. Une voix profonde, langoureuse et parlante. Même si je lui ai toujours reproché de se prendre pour un top modèle sur la pochette de ses disques. Le seul argument commercial un peu too much à mon goût.
Mon histoire avec Diana aura duré près de quatre ans. Je lui ai fermé la porte de mon univers ce week-end, en apprenant au hasard de mes errances à la FNAC qu’elle venait de sortir un album de chansons de Noël. Et puis quoi encore. On ne se compromet pas de cette manière lorsque l’on s’appelle Diana Krall. Que Pavarotti chante du Florent Pagny, soit, mais Diana en Père Noël, c’est trop.
Il me fallait donc une nouvelle idole. Madeleine Peyroux sera la prochaine. Un nom à sortir tous les mouchoirs, et avec un titre d’album comme Careless Love, on s’attend à du mystico-gélatineux de première qualité, du Céline Dion encore plus dégoulinant et moins doué.
Par curiosité, je saisis l’écouteur. Puis tout s’arrête. J’ai l’impression qu’il y a erreur sur le disque. Cette voix-là est afro-américaine, c’est évident. Sauf que Madeleine est aussi pâle que moi. Déjà en ce sens, cette femme est exceptionnelle.
En fermant les yeux, en oubliant son visage de ménagère de moins de cinquante ans, on dirait du Billie Holiday mêlé à du Nina Simone, des voix de femmes noires qui suintent du passé de leurs aînés. C’est troublant, violent et terriblement apaisant. Cette femme a le rythme dans la peau, porte en elle l’âme noire et nous entraîne loin. En quelques notes, on est ailleurs, dans une autre époque, et seul le silence qui sépare les morceaux pourrait nous ramener à notre réalité.
Cet album est une pure féerie. A écouter de toute urgence – avec son dernier album en duo avec William Galison (Got you on my mind) – pour faire un plein de sérénité avant d’aborder les fêtes de Noël et leur lot de bousculades.
28 juillet 2005
Mon coup de coeur pour KT Tunstall
Lorsque les temps sont durs, rien ne vaut une jolie découverte musicale. Ma découverte du jour s’appelle KT Tunstall.
Ni de la pop, ni du jazz, un mélange des deux, une boîte à musique faite maison avec des sons pré-enregistrés qu’elle compose elle-même, en direct, devant son public, avant de commencer son interprétation.
En écoutant, Under the weather, j’ai immédiatement pensé à du Norah Jones, mélancolique, sensible, le genre de musique que l’on écoute pour terminer de se miner le moral un jour de pluie pendant vos vacances dans le Sud, mais qui vous rend serein, miraculeusement. A la différence de Norah Jones, son album ne se contente pas d’une même recette à l’infini. Sa voix fluette de femme adolescente dans Other side of the world - premier titre de l’album - prend de l’ampleur, devient grave et rauque, écorchée mais volontaire et puissante. KT Tunstall montre dans ce disque l’ampleur de ses capacités vocales qu’elle déploie comme une palette de tous les sentiments qui nous traversent un jour.
Black horse and a cherry tree a tout du tube, et il est probablement mon titre préféré, tout en rythme, épuré, avec une guitare sèche en instrument principal. Une musique entraînante, à la fois colérique, énergique, pleine d’espoir et tendre. Un joli morceau à écouter pour recharger ses batteries.
Eye to the Telescope, nom de ce premier album, est un concentré d’optimisme, avec ce qu’il faut de retenue pour ne pas oublier la gravité qui nous habite toujours.
Cette chanteuse est une immense artiste. A découvrir de toute urgence.
19 février 2005
Chronique musicale: Robbie Williams, petit singe de la pop
Au lycée, le groupe Take That faisait un tabac. Une de mes copines était amoureuse de Robbie Williams, avait collé des photos de lui dans toutes les tenues et dans toutes les positions au cœur de son agenda, et je la surprenais, pendant les cours, les yeux ailleurs, sans doute à rêver d'une rencontre improbable. A cette époque, les boys bands me faisaient doucement rire, et j'avais classé Robbie Williams d'office avec tous les autres, dans la catégorie « produit marketing qui ne vaut rien » – chemise ouverte sur des pectoraux bien travaillés, un sourire vaguement ravageur, un look à en faire oublier ce qu'il est venu vendre, à savoir une voix.
La chute fut tout aussi fulgurante que le succès. Take That a suivi le même chemin que tous ceux de son époque : il s'est dissout et l'on n'en a jamais reparlé. Ses membres se sont disloqués, retombés comme des poussières dans l'anonymat pour finir par fréquenter les mêmes milieux de la drogue.
Robbie Williams n'a pas échappé à la règle, il a lui aussi été un fidèle des paradis artificiels de la coke et de l'alcool. Sa seule différence a été de garder un pied à l'étrier, pas franchement convaincant mais accroché de toutes ses griffes à son rêve de gloire.
En 2002, c'est un Robbie Williams transformé qui revient, la tête un peu plus haute et le talent de son côté. Escapology est une merveille. Robbie Williams a écrit ses textes, accompagné de Guy Chambers qui lui offre ses plus belles musiques, Feel, Something Beautiful, Hot Fudge, Love Somebody. L'album est rythmé, juste comme il faut, on ne s'ennuie pas, on a les pieds qui bougent, on a envie d'aller loin et de s'époumoner autant que l'on peut. Feel est une des chansons les plus sages, elle est aérienne et pleine d'optimisme ; on a envie de sauter dans le vide et de se laisser porter par le vent, à la recherche du grand frisson, et le saut de l'ange mis en scène dans le clip du titre apparaît comme une évidence.
Après une réussite pareille, il était temps de faire le ménage dans son travail musical et de balayer les ratages d'un revers de manche. Il sort un Best Of, dans lequel on y voit beaucoup plus clair, on y retrouve ses tubes sucrés Angels et She's the one, étudiés pour plaire aux filles romantiques, et qui lui ont sans doute permis de maintenir le rêve d'une possible reconnaissance universelle dans ses moments de mauvais garçon les plus troubles.
Pourtant, dans ces Greatest Hits, il y a aussi des perles qui n'ont jamais percé. The Road to Mandalay commence comme une balade, un peu triste et mélancolique, elle s'arrête puis repart sur un autre rythme, léger, gai et rassurant. On vient de tourner une page.
Robbie Williams a gagné mon respect. J'ai de lui l'image d'un petit singe génial qui s'agite autour de ses démons et se métamorphose à chaque titre, tantôt en James Bond caricaturé, tantôt en Freddy dépecé revisité, qui n'a pas fini de grandir et c'est tant mieux.
13 février 2005
Chronique musicale: L'automne ensoleillé de Tété
A la faveur de l'automne est non seulement le nom du dernier album de Tété mais également son titre phare. Il a été diffusé l'année dernière en boucle sur les radios, jusqu'à ce que la chanson reste gravée sur le disque dur de votre cerveau et vous harcèle la nuit dans vos rêves, le matin en vous brossant les dents, ou en journée, au milieu d'une réunion. Cet air ne vous quitte plus, il vous capte entièrement jusqu'à vous rendre malade et si l'on s'arrête là, c'est le rejet total de l'album. Vous haïssez Tété, au point de vous convertir au hard rock. Avec vous, le matraquage audio-publicitaire vient d'échouer.
Pourtant, cet album est une perle. Il ne ressemble à aucun autre, il met de bonne humeur, il est à écouter dans sa voiture le lundi matin lorsque tout s'annonce mal. Emma Stanton s'apprend par coeur, s'incruste tout en légèreté dans un coin de votre tête et trotte au bon moment dès que le moral pique du nez.
Le rythme est là, entraînant, très loin de la nostalgie du titre éponyme, il vous entraîne, vous pousse à chanter, il est drôle et ne se prend pas au sérieux, vous oubliez l'agacement des embouteillages, l'accident sur l'autoroute et ses trois morts, la petite vieille qui traverse au feu vert, le camion des poubelles qui bloque votre rue. Tout ça n'a presque plus d'importance, le blues reviendra à la fin de l'album.
En attendant, profitez-en, le rayon de soleil est là jusqu'à la prochaine giboulée.
Une bonne paire de claques
Rien de tel pour faire circuler le sang
C'est du zen en snack
C'est vivifiant
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Lucide
Emma Stanton a tout compris
La vie ne devrait consister
Qu'à trouver les bons mots
Au bon moment
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Quoi de
Plus grand
Hm…que ces instants suspendus
Où rien ne compte plus vraiment ?
Rien de plus troublant,
Une boulette, une bévue
Une chute devant des inconnus
Et hop l'affaire est entendue
Ces grands moments de solitude
Ne sont ma foi qu'une question d'habitude
Au début, les secondes se déguisent en heures
On a chaud puis l'on sue :
C'est in situ qu'on apprécie le mieux
L'art délicat de passer pour un con
05 février 2005
Chronique musicale: pourquoi il faut écouter Bebo et Cigala
L'album de Bebo et Cigala est une jolie rencontre.
A écouter en fin de journée pour évacuer les mauvaises nouvelles, les contrariétés et les inquiétudes. Malgré son titre, Lágrimas Negras vous emmènera naviguer avec bonheur quelque part entre Cuba et l'Espagne.
Bebo Valdés joue du piano et accompagne Diego « El Cigala », chanteur de flamenco, comme il accompagnerait une cantatrice, avec douceur, nuances, sans jamais chercher à prendre le dessus, s'effaçant en toute simplicité pour laisser place à une contrebasse, un saxo, un violon, une guitare. Car Bebo et Cigala ne sont seuls que sur un titre, Vete de mi, mais l'harmonie avec les autres instruments marche tellement bien que le sentiment de sérénité qui se dégage de l'album n'est absolument pas mis en danger par l'intrusion d'autres musiciens entre cette voix puissante et son piano discret.
Le seul regret que j'ai concerne la durée de l'album. Neuf titres, qui passent bien trop vite, et que l'on écoute en boucle sans malgré tout n'avoir jamais l'impression d'une répétition lancinante. Même le fort célèbre Eu sei que vou te amar, dont le titre ne vous dit peut-être rien mais dont l'air vous est certainement familier, est interprété avec originalité, émotion et ne vous laisse en aucun cas le sentiment d'une millième reprise.
On attend le prochain rendez-vous avec impatience, en espérant que cette union ne s'arrêtera pas à un seul essai.
Et si le cœur vous en dit, rien ne vous empêche de vous prendre pour une gitane et de danser, avec ou sans témoin, tant cette musique légère vous entraîne et vous délie.
Votre journée, à coup sûr, se terminera bien.
31 janvier 2005
Chronique musicale: Etienne Daho est un artiste
On s'est beaucoup moqué d'Etienne Daho.
Nombreux sont les imitateurs à avoir caricaturé ce chanteur en lui prêtant un son de gorge mou et endormi dans lequel se noient d'improbables paroles.
A ses débuts, Etienne Daho était sans doute bien trop timide et peu sûr de lui pour contredire cette image, mais ce qui m'étonne, c'est de voir à quel point cette caricature persiste alors que l'homme a tant changé.
Depuis l'album Eden, Daho s'est libéré. Il est devenu lui-même et il s'assume. Il écrit ses propres textes, parfois ses musiques, et sa voix, bien loin d'un simple fond sonore guttural, joue de son timbre grave, profond et sensuel autour de mélodies intimistes qui respectent sa réserve.
Ses chansons apaisées et apaisantes nous rapprochent un peu plus à chaque nouvel album de la sérénité qui est sans doute la sienne désormais et qui s'affiche avec un sourire indélogeable. Une tranquillité qu'on lui envie et qui loin de l'éloigner de la créativité, lui permet de quitter son image de chanteur à minettes, instable et un peu fade pour affirmer davantage ce qu'il est : un véritable artiste.
Ennemi de soi-même, comment aimer les autres?
Etranger à soi-même, étranger pour les autres
Qui réduit au silence le fracas de l'enfance
Et avance masqué en attendant sa chance
Et sous les apparences, le prix du vêtement
Personne ne voit les plaies et le sang de celui qui survit
Mais quand demain se lèvera, ah, je serai libre, retour à toi
Mais quand demain se lèvera, ah, je serai libre, retour à moi
Si l'amour me couronne et s'il me crucifie
Elève mes pensées dans un hymne à la vie
Et que monte très haut la flamme des bougies
Quel que soit le drapeau ou le Dieu que l'on prie
Et sous les apparences vulnérable et changeant
Personne ne lèche les plaies et le sang de celui qui survit
Mais quand demain se lèvera, ah, je serai libre, retour à toi
Mais quand demain se lèvera, ah, je serai libre, retour à moi
Quand demain se lèvera je serai libre et près de toi
Retour à toi et moi
Etienne Daho – Retour à toi (Réévolution - 2003)
24 janvier 2005
Chronique musicale: comment j’ai découvert l’album de Seu Jorge
Mon plaisir du week-end est d'aller farfouiller dans les bacs de la FNAC, à la recherche d'une musique qui saura me surprendre, à des milliers de lieues des Spice Girls, Alizée et autres sucreries passagères vite oubliées.
Cette fois, alors que je ne pensais faire qu'une escale stérile au rayon « musique du monde », je me suis arrêtée sur un papillon rouge « Coup de cœur FNAC » collé sur une étagère, sous l'album de Seu Jorge, Cru.
De la musique brésilienne.
Je n'y connais rien, alors j'embarque le CD, à la recherche d'une borne d'écoute, ces nouveaux engins, qui même s'ils sont pratiques, ont la méchante habitude de passer à la chanson suivante au bout de 20 secondes, c'est-à-dire à peine évacuée l'introduction. Pour un peu que le chanteur prenne son temps, et tous les titres sont survolés sans vous avoir laissé la chance d'entendre la voix qui porte l'album.
Seu Jorge m'a fascinée.
Je m'attendais à de la musique façon Carnaval de Rio, qui vous ramène inéluctablement vers les images qu'on nous rabat chaque année, dont les hommes gardent l'image de filles nues qui ondulent, et les femmes le léger malaise d'une nature injuste. Bref, une musique agitée un brin rigolote mais tapant vite sur les nerfs.
Rien de tout ça.
Si j'ai regretté une reprise un peu ratée du Chatterton de Gainsbourg, j'ai trouvé cet album apaisant, inhabituel, marqué par la voix de ce chanteur inconnu qui passe en douceur du grave langoureux à l'aigu rocailleux, accompagnée par des instruments discrets et reposants.
Tive Razao vous transporte un peu plus loin, au delà de vos murs et organise cette rencontre inespérée entre le soleil, le sourire et votre dimanche après-midi; Fiore de la Citta vous ramène à l'essentiel.
Plusieurs styles traversent l'album, mais toujours cette voix reste, qui irait à merveille dans un film d'Almodovar, lorsque ses héros hésitent à partir à la quête de ce qui leur manque, une femme, un mari, un ami, une mère.