Sage comme une image

Chroniques d'une amoureuse de photographie

02 septembre 2005

La conquête du territoire

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Voilà la preuve par l'image que Louloutte aime les boîtes, et qu'une fois dedans, il est impossible de la déloger car il s'agit de son territoire. Toute tentative de reprise d'autorité est très mal vécue par ledit animal, il faut donc ranger ses pompes ailleurs...

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Rien ne l'arrête dans sa conquête, même si l'espace est étroit et conduit à certains sacrifices, ce qui est à elle l'est pour toujours...

Et quand je pense que pour tout le reste, c'est pareil...

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26 juillet 2005

A Star on the Canapé...

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... sauf lorsque ladite Louloutte, qui se sait photographiée, oublie au cours de ses poses de minette que le canapé a un début et une fin. Elle se sent glisser vers le parquet, hésite entre se rattraper disgrâcieusement et assurer face à la caméra en toutes circonstances. Elle restera jusqu'au bout. Jusqu'à ce que ses ongles plantés dans les coussins en guise de crampons ne finissent par la trahir.

Pas de doute, j'ai une pro à la maison. Claudia Schiffer peut aller se rhabiller.

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07 juillet 2005

Vie de chat

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Voilà en une photo toutes les bonnes raisons qui me font regretter de ne pas être un chat. Tendre une patte de velours vers l'appareil qui vous observe comme ultime effort de la journée. S'étaler de tout son long sur un lit moelleux (en l'occurence aussi sur mon jean propre...), s'étirer pour se sentir mieux, observer tout en étant allongé les oiseaux qui circulent au dehors et se posent sur le bac à fleurs. Profiter de la vie en ne songeant qu'à son estomac, sa toilette, ses souris factices et aux prochains rêves à venir.

Dans quarante ans, je pourrai faire pareil.

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29 avril 2005

Louloutte in the box

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Mon chat aime les boîtes. Toutes les boîtes. Boîtes de pâtée, boîtes à chaussures, boîtes de rangement, les paquets de la Poste, les cartons de déménagement. Tous ces récipients la font vibrer. Une fois l’objet à portée de vue, elle s’y colle. Devant, derrière, dessus, dedans.

Elle se cache, prenant ladite boîte pour une planque, se tapit derrière le carton, gratte le sol de ses pattes arrière pour un départ imminent, quelques moustaches apparaissent sur le côté, puis c’est un œil surpris qui croise mon regard, elle pensait être bien dissimulée mais elle est repérée. Ce n’est pas grave, la souris en caoutchouc sous la télé ne l’a pas vue, attention, prête pour l’attaque. Louloutte bondit d’un seul coup sur la souris rose bonbon qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Emportée dans l’élan sauvage de ma chasseuse redoutable, la boîte glisse jusqu’au canapé. Louloutte croit qu’elle se fait la malle, abandonne la souris mâchouillée, revient vers le paquet d’un air intrigué, renifle, se frotte les gencives sur un coin, grimpe dedans en serrant le ventre car la boîte est petite. Malgré sa fourrure de bison, tout rentre. Le cou dans les épaules, l’air satisfait de son attaque éclair, elle observe la victime gisante de loin, puis m’observe d’un air glorieux. Elle mériterait un supplément de croquettes.

Une mouche passe. C’est l’heure du dessert. Louloutte se réveille brutalement au bruit si familier de l’insecte, se lèche les babines et redresse les moustaches. Les pattes arrière frétillent à nouveau, mon chat se prépare à un nouveau carnage. La mouche kamikaze s’approche un peu trop, et Louloutte sent que c’est le bon moment. Mais elle a oublié la taille de la boîte qui la coince, elle se prend les pattes dans le rebord du carton, entraînant la boîte avec elle, la mouche se tire et vient se poser sur le plafond. Mon chat est vexé, me regarde pour voir si j’ai assisté à sa déconfiture, et à la vue de mon sourire narquois, prend son air agacé snob, retourne dans la cuisine pour un casse-croûte sans extra.

Hier, j’ai reçu un paquet, une boîte à chaussure, que j’ai ouverte sur le côté le plus petit. Curieuse, Louloutte y a pointé le nez, puis la tête, et en voulant forcer pour y faire entrer les épaules, elle s’est mise à déplacer l’objet vers l’avant. Une fois collée au mur, les trois-quarts de Louloutte dans la boîte, plus de place pour les pattes arrière et la queue. Il faut sortir car il y fait un peu chaud. Comment fait-on en sens inverse ? Et voilà mon chat, train arrière dressé, tête et corps empaquetés, qui s’agite, n’y voit plus, ne sait plus où elle est, gronde de rage face à l’adversaire, panique. Et m’appelle à la rescousse.

J’extrais l’animal. Sans un regard, elle se dirige d’un air faussement digne sous le canapé, pour se remettre de ses émotions. Je la sens qui ressasse la défaite. Elle a passé la soirée à se lécher. Pour se rassurer.

Ma Louloutte, ancienne championne de la catégorie poids mouche vient de prendre un sacré revers.

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13 avril 2005

Chat de Gouttière, sale caractère

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Mon chat (Mademoiselle Louloutte pour les intimes) a décidé de me le faire payer.

Je ne sais pas encore si elle me reproche de l’avoir lâchement abandonnée pendant deux semaines (ou plutôt laissée aux bons soins affectueux de ma maman qui l’a gardée avec amour et une dévotion d’esclave, lui offrant gamelles sur gamelles, couvertures douces et séances de jeux sans fin), ou si c’est précisément la fin d’un traitement haut de gamme et le retour à une vie bien plus austère qui la rend aussi désagréable. Toujours est-il que mon chat en sucre, que je me faisais une joie de serrer dans mes bras et de câliner en bonne maîtresse, me fait une sale tronche.

En me voyant arriver pour la reprendre, elle s’est tirée sans un regard sous le lit de ma mère, prenant soin de se mettre bien au milieu, hors d’accès sans l’usage du balai, a grimpé sur l’une des valises poussiéreuses en se tortillant d’inconfort tant l’espace qui séparait la valise et le matelas était restreint pour son corps grassouillet. Fichée de cette manière, aucune chance que je l’attrape. Ayant compris d’emblée que mes mots doux ne suffiraient pas à l’extraire, j’ai tenté le coup de la gamelle fraîche, du jouet que l’on agite frénétiquement (ou comment prendre son chat pour un imbécile, il sait depuis le temps que vous n’avez jamais d’envie subite de jouer avec lui et que vous ne lui apportez jamais sa pâtée à domicile), j’ai avancé une main tendre qui s’est immédiatement retrouvée lacérée de trois balafres. Une fois le sang remonté dans sa totalité jusqu’au cerveau à force de tordre son cou pour garder la bête à l’œil, il a fallu pousser le lit, et découvrir Louloutte, qui s’est mise en boule d’un air contrit, résigné mais profondément mécontent.

Une fois à la maison, elle a fait le tour du propriétaire, sniffant les murs, et les coins de meubles avec intérêt, presque étonnée d’y trouver ses propres phéromones. Puis elle s’est assise devant les gamelles vides d’un air impatient, et d’un regard qui en disait long sur sa contrariété, a poussé un « miaou » de protestation auquel j’ai bêtement obéi dans la seconde qui a suivi. Espérant avec naïveté que mon acte de générosité et d’amour nous réconcilierait, j’ai tenté une caresse que ce chat capricieux a contournée tout en penchant ses oreilles à l’horizontale accompagnées d’un battement de queue bien significatif d’un énervement à son comble.

Le soir, j’espérais retrouver nos longues minutes de complicité que je passais habituellement avec elle, allongée sur le canapé tandis qu’elle venait s’étendre sur mon ventre en ronronnant à plein tube. Rien de tout ça. Mon chat a disparu, et après une quête un peu angoissée, j’ai retrouvé le fauve étalé de tout son long sur mon polochon et l’œil goguenard. Elle n’a pas bougé malgré mes tentatives pour la déloger, elle était agrippée comme une moule à son rocher, les griffes plantées dans le tissu. Rien à faire, il a fallu s’adapter, et j’ai passé la nuit avec Damoclès au dessus de ma tête, une patte posée sur le front m’interdisant de bouger.

Ce matin, retour presque à la normale. L’estomac rétablit vite les priorités et ne perdant jamais le fil de ses intérêts, Louloutte a retrouvé sa bonne humeur habituelle. Au réveil, elle s’est frottée à moi d’un air presque innocent, comme si rien de son fichu caractère n’avait laissé de traces. Elle m’a regardé de son air vif et malicieux, et en maîtresse attentive que je suis, je lui ai rempli sa gamelle avec amour.

Puis, elle est repartie dans ses captures de mouches, remarquant à peine le claquement de la porte derrière laquelle je me suis éclipsée.

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24 février 2005

L'insolence du chat

 

 

Mon chat est d'une insolence qui me fascine.

 

N'ayant pas eu d'autre animal que ma Louloutte en sucre, je ne peux pas vraiment dire si elle l'est plus ou moins qu'un autre matou de sa catégorie (dynastie De Gouttière particulièrement hautaine pour ses origines), mais toujours est-il que son impertinence quotidienne me laisse profondément perplexe.

 

Avant qu'elle n'entre dans ma vie, je faisais partie de ceux qui plaçaient l'homme bien au-dessus de toutes les espèces animales, en particulier celles dont le cerveau était mathématiquement ou à l'œil nu beaucoup plus petit. A cette époque, il était clair que je n'avais jamais remis en cause l'hypothèse qui attribue à l'homme seul l'usage de la pensée (que cet usage soit ou non particulièrement répandu, car il est évident que les êtres humains ne sont pas dotés du même capital en la matière), d'exprimer ses humeurs, ses sentiments, ses désirs tout en étant capable de faire preuve de la pire arrogance envers les siens.

 

Depuis l'adoption de Louloutte, ma vision du monde sur la question a radicalement changé.

 

J'ai un chat capitaliste.

 

Elle prend immédiatement possession de tout ce qui est moelleux, doux, chaud et neuf, profitant de mes inattentions ou de mon absence pour conquérir l'espace. Son invasion est parfaitement orchestrée. Une fois arrivée sur son territoire cible, elle pétrit longuement (étant à peu près sûre de me saccager la chose avec ses griffes ultra aiguisées qu'elle refuse de faire couper), puis s'allonge sans autorisation afin d'y déposer ni vu ni connu quelques poils bien caractéristiques et surtout d'une ténacité inégalée face aux kilomètres de brosse auto-adhésive qui envahissent mes placards et mes poubelles.

L'arbre à chat sur lequel j'avais misé tous mes espoirs s'avère bien inutile. Coussins, couvertures, couette, canapé, pulls en laine, linge fraîchement repassé, rien n'échappe à mon chat.

 

Une fois positionnée, elle se lance dans la guerre des nerfs. Elle me regarde avec des yeux mi-clos qui me font comprendre à quel point elle se sent bien là où elle est (en l'occurrence sur un pull tout neuf en poil de lama), que mon achat était nécessaire et de bon goût, mais que si j'essaie de la virer, je vais finir en zèbre rouge sang. Mon regard s'intensifie, je lui donne l'ordre de descendre, mais la voilà qui s'étale, laissant deviner un ventre dodu aussi attirant qu'une peluche neuve. Je la bouscule un peu en tirant le pull, coussin ou oreiller à moi, elle trésaille, plante ses griffes un peu plus dans sa chose, me regarde droit dans les yeux, gronde puis, dans la situation où je me suis munie d'un gant de cuisine pour éviter les lacérations maléfiques, finit par lâcher l'affaire dans un miaulement aigu. Elle n'a pas dit son dernier mot, se réfugie sous le canapé, se met en position, à savoir sur le dos, les quatre fers en l'air, et s'excite sur le matelas du divan en arrachant chaque fil un à un dans un bruit qui me torture. Elle sait qu'elle est hors d'atteinte. Cette fois, c'est moi qui laisse tomber. Elle sort de son antre, s'installe à nouveau sur sa dernière acquisition, elle a gagné.

 

Mon chat capitaliste ne se contente pas d'accumuler. Elle tire profit de toutes les situations.

 

Il fait un peu froid ? Elle s'installe sur le radiateur pour y capter toute la chaleur et tant pis pour moi si je ne peux l'imiter. En hiver, je la retrouve le matin cachée en boule dans mon lit, sous mes couvertures, qu'elle est venue squatter illégalement en pleine nuit, une fois le couchage réchauffé par mes soins. Le délit mis à jour, rien à faire, elle me regarde d'un air endormi, un peu dérangé par un réveil si matinal, elle baille, où est le problème ?

 

On ne s'occupe pas assez d'elle ? Elle clame son indépendance depuis toujours mais cette indépendance-là suggère d'être totalement libérée des contingences matérielles… On me rappelle à l'ordre. Un ronronnement excessif droit dans le conduit auditif en plein sommeil, un guili-guili sur la joue avec ses moustaches, dans le pire des cas, un miaulement désespéré et bien senti suivi d'un passage dans le bac à crottes avec raclage particulièrement bruyant et projection de litière dont les grains retombent en pluie dans la cuisine. Ce sont des méthodes qui marchent, je finis par céder, je me lève, ouvre une boite, elle m'attend devant son plateau d'un air excédé, mange puis fait son ménage en grattant autour de sa gamelle, n'hésitant pas à donner des coups dans le baquet d'eau qui lui est réservé et se renverse sous ses attaques.

 

Une fois sur deux, lorsque je l'appelle pour la prendre sur mes genoux, elle tente une approche. Heureuse comme je suis, j'insiste en tapotant bêtement sur mes cuisses en voie de cicatrisation d'une lacération récente, elle n'est plus qu'à quelques centimètres, et là voilà qui fait demi-tour sans prévenir, direction la litière.

 

Lorsque c'est elle qui veut un câlin, elle me regarde d'un air innocent tout en se positionnant sans préavis, que ce soit sur mon ventre en position allongée, sur mon ordinateur lorsque je travaille, sur mes pieds lorsque je me chausse, sur mes genoux dès je songe à quitter la position assise, voire sur mes épaules lorsque je mange ma soupe. Une fois sa dose absorbée, elle se tire sans prévenir ou tente une morsure bien placée.

 

Sale bête.

 

Lorsque je suis couchée sur mon canapé, elle vient me voir, frotte sa tête contre la mienne, me lèche l'oreille de sa langue râpeuse et j'oublie tout.

 

Je l'aime.

 

 

 

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03 février 2005

La culpabilité du chat n'existe pas

 

Je m'étais absentée trente minutes environ. Lorsque je suis rentrée chez moi, j'ai compris que quelque chose n'allait pas.

 

Mon chat, à qui je voue une adoration sans borne, était allongé sur le flanc, au milieu du salon, avec un air bizarre. Elle m'a regardée droit dans les yeux mais je n'aurais su dire quel était son message.

 

Pour la première fois, elle ne s'était pas précipitée vers moi à mon arrivée pour se frotter frénétiquement à mes mollets et y remettre une odeur familière. Elle n'a pas miaulé comme elle le fait à son habitude, phénomène qui me garantit mes trois minutes de rire quotidiennes, tant j'arriverais presque à mettre des mots sur ses appels (« tu rentres tard, tu étais où ? Et ma pâtée, alors ? Tu y penses ? Regarde ma gelée, elle est toute oxydée, c'est infâme, tu en voudrais, toi ? Et ma litière, tu as vu dans quel état elle est ? Si ça continue, je n'y vais plus. Au fait, quelqu'un a frappé à la porte, j'ai regardé par-dessous, je crois que c'est la voisine, j'ai reconnu ses charentaises qui puent le chihuahua »).

 

Ce jour-là, mon chat ne bougeait pas et j'ai eu peur. D'autant plus que mes invités devaient arriver dans l'heure et même si mon repas était prêt, je m'imaginais déjà partant avec mon chat sous le bras (ou plutôt dans sa caisse, après m'être faite lacérer le visage tant l'idée d'être mise de force dans une boîte cloisonnée l'horrifie quelque soit son état de santé), et laissant à mes amis un petit mot sur la porte « chat mourrant, je suis chez le véto, attendez moi dans l'escalier ».

 

En m'approchant de mon minou préféré, prête à une fin de non recevoir typique du chat malade qui vous sort un « Schhhh » toutes canines dehors, je me suis rendue compte d'une anomalie effrayante : son ventre était gros comme un ballon de rugby.

 

N'ayant aucune connaissance de la durée de gestation d'un chat, j'ai immédiatement pensé à l'hypothèse d'une grossesse, culpabilisant de n'avoir pas remarqué la chose plus tôt. Dans l'instant, je me suis vue obligée d'aider mon chat à mettre bas dans un bain de sang, au milieu du salon et de mes invités, et entamer des nuits de garde passées à donner le biberon toutes les demi-heures à une dizaine de chatons affamés.

 

Soudain prise d'une soif incontrôlable, je me suis rendue dans ma cuisine pour prendre un verre d'eau.

 

Le carnage. La vision d'horreur.

 

Mes amis, à qui j'avais promis un filet mignon mitonné avec amour, allaient devoir se contenter d'un paquet de chips. A la rigueur, des pâtes au gruyère.

 

Mon chat s'était servi avant eux. Il ne restait du filet mignon qu'un petit boudin de quatre centimètres, gisant au milieu d'une cuisine inondée de sauce. Dans sa grande bonté (à moins que ce ne soit lié à ses propres limites intestinales), ma Louloutte avait épargné les pommes de terre.

 

Le temps d'un aller-retour salon-cuisine-salon, mon chat n'avait pas bougé mais cette fois je comprenais son regard. Il signifiait « oups, elle sait ». Elle s'est mise à cligner des yeux, à respirer profondément, puis elle m'a dit « ma vieille, c'était délicieux, ça t'embête si je fais une sieste ? ».

 

N'ayant pas été prise en flagrant délit, la gronder n'aurait servi à rien. Elle reste un animal. Avec ses instincts. Instinct de gourmande que je lui pardonne car je n'oublie pas ses origines.

 

Aujourd'hui je ne sais pas ce qui me fait le plus rire : la naïveté qui a été la mienne de laisser mon œuvre culinaire à la vue d'un félin, ou son inaptitude à se lever pendant plusieurs heures, le temps que son estomac peu exercé digère ce qui fût sans doute son premier festin.

 

 

 

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19 janvier 2005

L'ascension sociale du chat

Je vous présente Lolita.

 

Louloutte, Ticha, Chatoune, Bichoutte, Crapule, selon les jours.

 

Ma Louloutte est un modèle d'ascension sociale.

 

Abandonnée par ses maîtres, que dis-je, des irresponsables à l'égard desquels je n'aurai jamais de mots suffisamment violents pour exprimer mon dégoût, elle a été trouvée dans une poubelle par un des membres de l'Ecole du Chat et le 16 novembre 2002, son destin a entamé un virage à 180 degrés. Le mien aussi.

 

Ce jour-là, j'ai tiré un trait sur mes souvenirs d'enfance, passée à récupérer les cadavres des membres de la seule communauté autorisée par ma mère, à savoir des poissons tantôt rouges tantôt noirs qui s'entretuaient au cours de combats racistes dans un bocal à mi-chemin entre la tasse à café et le verre à dents.

 

Le 16 novembre 2002, à l'Ecole du Chat, en errant parmi un gang de cinquante chats, mon regard s'est très vite arrêté sur une boule de poils disproportionnée – grosse tête et petit corps, de quoi deviner que mon futur chat avait probablement atterri dans une poubelle de déchets recyclables, vide de côtelettes et de cuisses de poulet grasses.

A l'instant où nos regards se sont croisés, j'ai su que c'était elle et personne d'autre. Elle ne m'a plus lâchée et c'est à deux que nous sommes reparties.

 

Deux ans plus tard.

Noël 2004 – « C'est pour Louloutte » me dit ma mère, en me tendant un gros paquet de la taille d'un autocuiseur. Un arbre à chat. A monter soi-même. Une sorte de fauteuil sur mesure, en velours marron, avec grattoir intégré et souris factice pour passer le temps.

Mon chat s'y roule avec bonheur, et loin d'être utilisé en replacement de mon lit ou de mon linge fraîchement repassé, ce perchoir n'est qu'une conquête de plus qui trône dans mon salon. Parce que le chat ne renonce jamais à une seule parcelle de son territoire. Mon canapé est son territoire, mon lit est son territoire, et si je veux m'y coucher, c'est elle qui décide de la place qu'elle me donne, n'hésitant pas au besoin à me rappeler à l'ordre en me poussant de ses pattes arrière quand ses limites sont franchies.

 

Mon chat mange du Felix en semaine, du Gourmet Gold les week-ends, RTT et jours fériés, du Sheba à son anniversaire, du jambon et du poulet chez ma mère.

 

A part ça, mon chat est comme tous les autres.

Elle me fait des câlins à 3 heures du matin en me marchant dessus, vomit ses boules de poils en pleine nuit, me réveille à l'aube le week-end, devient dingue à la pleine lune, se planque dans les boîtes à chaussures, refuse d'avaler tout cachet, déteste son sac de voyage, a peur de l'aspirateur, met son nez dans mes courses, me lacère les genoux à défaut d'accepter de laisser couper les griffes, baille à longueur de journée, se pend aux rideaux et s'allonge sur les radiateurs.

 

Mais mon chat ne chasse pas les souris. Elle sympathise avec l'ennemi.

Posté par emmanuelle2202 à 07:48 - Vie de chat - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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